Les mouches qui attaquent les figues

Auteur : François Drouet

 

 

Article publié en 2015 - enrichi en 2016 et 2017
Crédit photographies : François Drouet
(sauf  indication)
Tous droits réservés
 

Passionné de figuiers, j'ai rencontré beaucoup de difficultés pour obtenir des récoltes satisfaisantes du fait de l'attaque des figues par les mouches (quel que soit leur stade d'évolution : immatures, à peine mûres ou à pleine maturité...).

Par "attaque", il faut entendre ponte d'oeufs dans la figue, donnant naissance à des larves qui dévorent l'intérieur de celle-ci. 

J'ai donc observé et étudié les différentes espèces de mouches qui attaquent les figues pour les connaître et mieux les combattre.

Je les présente ci-après, et, pour celles que j'ai plus particulièrement observées, je fournis un lien vers l'article spécifique que je leur ai consacré.

Je pense être exhaustif pour les espèces de haute dangerosité pour les récoltes, mais je ne prétends pas l'être pour celles de nocivité moyenne à faible.

Enfin, je souligne que je ne traite que des mouches (diptères), sachant que les autres insectes attaquant les figues font l'objet d'intéressantes observations dans un article publié par Bernard PEYRE (ancien producteur de figues et passionné de figuiers, avec lequel j'entretiens une correspondance suivie sur les ravageurs de la figue...).

Plan de l'article : typologie et mode d'action, groupe 1, groupe 2, observations complémentaires.

 

TYPOLOGIE ET MODE D'ACTION

 

Pour avoir une vision claire de la menace pour les récoltes et organiser au mieux la lutte, il faut savoir classer les mouches qui attaquent les figues en fonction de leur dangerosité pour celles-ci et connaître le mode d'action de chacune des espèces.

Ainsi, je distingue deux groupes :

Groupe 1 : mouches qui pondent dans la figue saine (dans l'ostiole et/ou à travers l'épiderme). Ce sont les plus nocives.

Groupe 2 : mouches qui pondent dans la figue seulement si celle-ci est fragilisée (en surmaturité ou abîmée ou déjà attaquée par des mouches du groupe 1). Ces mouches ne pondent pas dans l'ostiole et leur ovipositeur est trop faible pour entamer l'épiderme d'une figue saine. Elles sont de nocivité moyenne à faible.

Le groupe 1 comprend 4 espèces.

Silba adipata McAlpine (mouche noire du Figuier ou mouche de la figue ; appelée Lonchaea aristella Beck. jusqu'en 1956), qui attaque les figues immatures dures et vertes (et, de façon rare, les figues mûres) en pondant dans l'ostiole uniquement.

Ceratitis capitata Wiedemann (mouche méditerranéenne des fruits ou cératite), qui attaque les figues dès qu'elles commencent à mollir et à évoluer vers la couleur de maturité, en pondant dans l'ostiole et à travers l'épiderme.

Drosophila suzukii Matsumura (drosophile asiatique ou drosophile à ailes tachetées), qui attaque les figues mûres en pondant à travers l'épiderme. En l'état de mes observations et en fonction des témoignages que j'ai lus ou recueillis directement, cette espèce ne me semble attaquer les figues saines que pour certaines variétés.

Zaprionus indianus Gupta (mouche africaine de la figue), qui attaque les figues en début de maturité en pondant dans l'ostiole uniquement.

Je pratique les trois premières dans mon verger et je m'attends à devoir affronter aussi la quatrième car elle a été signalée dans les Alpes-Maritimes (département voisin du mien) en janvier 2016 (premier signalement pour la France métropolitaine).

Le groupe 2 comprend de nombreuses espèces, dont je ne connais pas le nombre exact. Je fournis donc une liste non exhaustive.

Lamprolonchaea smaragdi Walker

Drosophila melanogaster Meingen

Drosophila spp. (autres espèces de drosophiles)

Oscinosoma discretum Bezzi

J'ai pu observer les deux premières espèces de la liste dans mon verger, et j'ai découvert dans des figues attaquées deux  espèces de drosophiles autres que Drosophila melanogaster Meingen (révélées par des tests d'émergence, sans toutefois pouvoir les identifier).

En sus des deux groupes qui attaquent la figue, on peut observer sur les figuiers des mouches qui se nourrissent parfois de figues sans pondre à l'intérieur de celles-ci (nocivité très faible à nulle, à évaluer). Je fournis en fin d'article l'exemple de Sarcophaga carnaria L.

 

GROUPE 1

 

SILBA ADIPATA McAlpine

J'ai observé tout particulièrement cette espèce très répandue et très nocive dans les vergers de figuiers, mais très peu étudiée et très peu documentée.

Mouche noire du figuier (Silba adipata McAlpine) sur figue immature

Mouche noire du figuier (Silba adipata McAlpine) sur figue immature

 

Mouche noire du figuier (Silba adipata McAlpine)

Mouche noire du figuier (Silba adipata McAlpine) sur zone d'attache
d'un pétiole
de feuille de figuier arrachée, où suinte du latex

 

Mouche noire du figuier (Silba adipata McAlpine ; Lonchaea aristella Beck. jusqu'en 1956)

Mouche noire du figuier (Silba adipata McAlpine ; Lonchaea aristella Beck. jusqu'en 1956)

Je rends compte de façon détaillée de mes observations et expérimentations, ainsi que des retours d'expérience que j'ai pu collecter à son sujet, dans un article que je lui ai consacré.

 

CERATITIS CAPITATA Wiedemann

J'observe régulièrement la mouche méditerranéenne des fruits (cératite, Ceratitis capitata Wiedemann) sur mes figuiers, en général dès la fin juin.

Mouche méditerranéenne des fruits (Cératite, Ceratitis capitata Wiedemann) au sommet d'une figue

Mouche méditerranéenne des fruits (Cératite, Ceratitis capitata Wiedemann) au sommet d'une figue
(variété 'Col de Dame Noire')

Lorsque l'action de la mouche noire du Figuier devient nettement moins virulente (époque des figues mûres), la mouche méditerranéenne des fruits entame ses attaques en pondant dans l'ostiole des figues mûres ou proches de l'être (mais aussi des figues immatures commençant juste à mollir).

Mouche méditerranéenne des fruits (cératite, Ceratitis capitata Wiedemann) pondant dans l'ostiole d'une figue

Mouche méditerranéenne des fruits (cératite, Ceratitis capitata Wiedemann) pondant dans l'ostiole d'une figue

Et, le plus souvent, en pondant directement à travers l'épiderme de celles-ci, faisant perler par le trou de ponte une goutte de latex laiteux, qui devient plus ou moins translucide en séchant.

Cératite (Ceratitis capitata Wiedemann) pondant à travers l'épiderme d'une figue

Cératite (Ceratitis capitata Wiedemann) pondant à travers l'épiderme d'une figue
(noter le latex émergeant par le trou de ponte alors que l'ovipositeur n'est pas encore retiré)

L'action de la cératite est tardive par rapport à celle de la mouche noire du Figuier car il faut attendre que les figues commencent à tourner pour la constater. Elle est complémentaire car dès que les figues commencent à mûrir il est rare que la mouche noire du Figuier les attaque.

Selon J. GHESQUIERE, les larves des deux espèces peuvent cohabiter dans la figue sans se nuire (J. GHESQUIERE : La mouche noire des figues Lonchaea aristella Beck. à la Côte d'Azur, comptes rendus des séances de l'Académie d'agriculture de France, T. 35, pp. 650-653, 1949).

Pour éviter la confusion entre les deux espèces, F. SILVESTRI fournit dans une étude de Lonchaea aristella Beck. des figures permettant d'identifier la larve de Ceratitis capitata Wiedemann. Référence : Sulla Lonchaea aristella Beck. (Diptera : Lonchaeidae) dannosa alle infiorescenze e fruttescenze del caprifico e del fico, Bollettino del Laboratorio di Zoologia Agraria in Portici, F. SILVESTRI, 1917, vol.12, page 141.

En fait, les différences avec la larve de Silba adipata McAlpine ne sont pas visibles à l'oeil nu et, en tout état de cause, l'aspect général des larves des deux espèces est le même.

Selon mes observations, la larve de Ceratitis capitata Wiedemann est, à complet développement, un peu plus grande et un peu plus épaisse que celle de Silba adipata McAlpine. Elle est également plus puissante : les bonds de la larve par détente du corps replié sur lui-même sont nettement plus longs.

Du fait que la larve de Ceratitis capitata Wiedemann passe par toutes les tailles de Silba adipata McAlpine avant de la dépasser à complet développement, il est difficile, voire impossible, de distinguer les larves (d'aspect identique) des deux espèces dans l'infrutescence d'une figue.

C'est plutôt par la nature de la figue infestée que j'obtiens une bonne indication de l'espèce à laquelle correspond la larve.

En effet, la cératite attaque les figues à partir du moment où elle commence à mollir jusqu'à la surmaturité, alors que la mouche noire du Figuier pond pratiquement uniquement dans les figues immatures dures et vertes, que la cératite n'attaque pas.

Cela reste toutefois une indication car il arrive à Silba adipata McAlpine de pondre dans des figues en début de maturité, mais elle le fait très rarement.

Et j'ai pu observer une fois la ponte de Ceratitis capitata Wiedemann dans une petite figue immature verte, en fin de saison, alors qu'il ne restait sur le figuier que trois figues, toutes immatures (étonné, j'ai ramassé la figue pour vérifier si la ponte avait été effective ; je l'ai placée en pupation dans une boîte fermée par un film plastique alimentaire transparent et j'ai bien obtenu une pupe, puis un imago, de Ceratitis capitata Wiedemann...).

Toutefois, du fait de la nature différente des figues principalement attaquées par les deux espèces, je pense que la cohabitation de celles-ci à l'intérieur de la figue doit être très rare.

Par contre, à partir du mois de juillet, j'observe la cohabitation des deux espèces à la surface de la figue mûre, le plus souvent la cératite en train de pondre et la mouche noire du Figuier en train de se nourrir.

Comme en témoignent les photographies ci-après.

Mouche méditerranéenne des fruits (à gauche) et mouche noire du Figuier sur une figue

Mouche méditerranéenne des fruits (à gauche) et mouche noire du Figuier sur une figue

 

 Ceratitis capitata Wiedemann (en haut) et Silba adipata McAlpine sur une figue mûre

 Ceratitis capitata Wiedemann (en haut) et Silba adipata McAlpine sur une figue mûre
(grossissement : x 6)

De petite taille elle aussi, la mouche méditerranéenne des fruits est très différente d'aspect de la mouche noire du Figuier et je distingue aisément l'une de l'autre.

Mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata Wiedemann) sur figue

Mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata Wiedemann) sur figue
(au-dessus de la mouche, des perles de latex blanches en surface ressortent par les trous de ponte à travers l'épiderme)

Outre la couleur de son corps et celle de ses ailes, qui lui donnent un aspect bariolé, j'ai observé les différences suivantes avec la mouche noire du Figuier.

Elle est un peu plus grande que cette dernière.

Quoique rapide, son vol est plus lent que celui de la mouche noire du Figuier.

Je l'ai parfois observée se laisser tomber avec un léger battement d'ailes d'une figue à une autre, lorsqu'elles sont proches, d'une feuille de figuier à une autre, ou même d'un rameau de figuier à un autre, ce que la mouche noire du Figuier ne fait pas.

Ses ailes sont écartées au repos et lorsqu'elle marche.

Je peux même dire que les ailes sont souvent ballantes de part et d'autre du corps, à la manière d'avirons qu'elle semble traîner. De face, cela lui donne une allure étrange. Vue de loin et de face au sommet d'une figue, si on ne la connaît pas, on peut même penser à une araignée haute sur pattes...

Je la combats par les sticks jaunes englués (que je pose aussi, dès la mi-mars, contre la mouche noire du Figuier).

Mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata Wiedemann) engluée sur un stick jaune

Mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata Wiedemann) engluée sur un stick jaune

 

Mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata Wiedemann) engluée sur un stick jaune

Mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata Wiedemann) engluée sur un stick jaune

Mais, comme pour la mouche noire du Figuier, il faut considérer la pose des sticks jaunes englués comme un moyen de limiter la pression de Ceratitis capitata Wiedemann, et non d'éliminer celle-ci. Malgré les sticks, je constate des pontes en proportion importante dans les figues mûres ou ayant juste commencer à mollir et à virer vers la couleur de maturité.

J'ai également expérimenté au cours de l'été et de l'automne 2017 le piégeage de masse sur deux de mes figuiers (un piège par figuier de type McPhail chargé avec une solution aqueuse à 40 g/l de phosphate diammonique).

Bien que j'aie capturé des centaines d'individus de Ceratitis capitata Wiedemann (presque exclusivement des femelles) au cours de la campagne de piégeage (relevé des pièges toutes les semaines), j'ai constaté des pontes pour la quasi-totalité des figues (indices de ponte : perles de latex solidifiées à la surface de la figue...).

Toutefois, je n'ai constaté des dégâts de larves rendant les figues impropres à la consommation que sur les figues à l'état de pleine maturité et pour un pourcentage assez faible d'entre elles, sauf en toute fin de saison (les attaques se concentrent alors sur les figues en faible nombre restant sur l'arbre...).

Le ramassage des figues immatures attaquées, que j'utilise à des fins prophylactiques pour la mouche noire du Figuier, n'a pas de sens pour la mouche méditerranéenne des fruits car elle ne s'attaque qu'aux figues mûres ou commençant à mollir. Mais, sans le vouloir, j'effectue quand même un ramassage préventif des figues touchées : il s'agit tout simplement de la récolte des figues mûres pour les consommer...

En effet, la plupart du temps, la figue mûre attaquée par la mouche méditerranéenne des fruits est consommée avant que les larves ne naissent ou ne se développent à un stade visible.

Cela paraîtra peu ragoûtant à ceux qui n'y ont jamais pensé, mais ils font comme moi sans le savoir...

En tout état de cause, comme je ne mange jamais la zone ostiolaire et que je ne consomme jamais une figue sans l'ouvrir, je puis éviter le désagrément, plus psychologique que rationnel, de manger de jeunes larves déjà visibles, a fortiori, celui, plus réel, de consommer une figue qui a commencé à pourrir sous l'action des larves.

Je procède actuellement à la mise en forme d'un article qui recueille mes observations de Ceratitis capitata Wiedemann sur figuiers.

Cette espèce, qui s'attaque à de très nombreux fruitiers dans les régions de climat doux du monde entier, a été extrêmement étudiée et documentée, mais les observations sur figuiers ne sont pas nombreuses.

 

DROSOPHILA SUZUKII Matsumura

Je l'observe depuis quelques années dans mon verger, notamment sur mes kakis et sur mes figuiers.

Drosophila suzukii Matsumura : mâle (à droite) et femelle au sommet d'une figue en surmaturité

Drosophila suzukii Matsumura : mâle (à droite) et femelle au sommet d'une figue en surmaturité
(on reconnaît facilement le mâle de Drosophila suzukii aux deux taches noires au bout des ailes)

 

Drosophila suzukii Matsumura : mâle (à droite) et femelle au sommet d'une figue en surmaturité

Drosophila suzukii Matsumura : mâle (à droite) et femelle au sommet d'une figue en surmaturité
(on reconnaît le mâle aux deux taches noires au bout des ailes ; chez cette espèce, la femelle est plus grosse que le mâle)

Je rends compte en détails de mes observations de Drosophila suzukii Matsumura sur figuiers dans un article spécifique.

 

ZAPRIONUS INDIANUS Gupta

Il s'agit de la mouche africaine de la figue (African fig fly, striped vinegar fly).

Zaprionus indianus Gupta a été signalée pour la première fois en France métropolitaine en janvier 2016, alors qu'elle était antérieurement présente à La Réunion, à Mayotte et en Guyane.

Valérie BALMÈS, entomologiste au Laboratoire de la Santé des Végétaux du CBGP, à Montferrier-sur-Lez (Hérault), m'a fait part de ce signalement et m'a communiqué d'intéressantes précisions (avril 2017), reproduites ci-après.

Le signalement fait l'objet d'un article à paraître en 2017 dans Bulletin of insectology  (The African fig fly Zaprionus indianus : a new invasive pest in France ? Laurent KREMMER, Jean DAVID, Nicolas BOROWIEC, Marcel THAON, Nicolas RIS, Marylène POIRIÉ, Jean-Luc GATTI - l'article est au stade d'épreuve corrigée, datée du 14 décembre 2016).

Les auteurs y rapportent que cinq individus de l'espèce Zaprionus indianus Gupta (trois femelles et deux mâles) ont été collectés lors d'une campagne de piégeage de drosophiles réalisée du 13 au 20 janvier 2016 au Cap d'Antibes (Alpes-Maritimes). Leur identification a été réalisée par un examen morphologique et confirmée par une analyse moléculaire. Les détails des deux méthodes d'identification étant fournis dans l'article.

Il conviendra donc d'être vigilants sur l'éventuelle dissémination de Zaprionus indianus Gupta à partir de la souche signalée. Selon ce qui a été observé dans les pays où elle est implantée de plus longue date, ses capacités de reproduction et de dissémination géographique sont élevées.

A la date de la mise à jour du présent article (avril 2017), il n'a pas encore été observé d'attaques sur figues (ni sur d'autres cultures fruitières).

Pour ma part, je n'ai pas repéré d'individus de l'espèce Zaprionus indianus Gupta dans mon verger.

Zaprionus indianus Gupta est très dangereuse pour les figues car elle pond dans l'ostiole de la figue en début de maturité (mais elle ne peut pas pondre à travers l'épiderme des figues, comme le fait Ceratitis capitata Wiedemann, son ovipositeur n'étant pas assez puissant).

Au Brésil, une perte de 40 % de la production des vergers commerciaux d'une région a été constatée en 1999 de son fait. Référence : Aspectos biológicos da mosca do figo, Zaprionus indianus Gupta, 1970 (Diptera, Drosophilidae) - C. P. STEIN, E.P. TEIXEIRA, J. P. S. NOVO - 2003 - Entomotropica 18 : 219-221.

D'autres observations font état de pertes de 50 % de la production de figues. Référence : Is Zaprionus indianus Gupta, 1970 (Diptera: Drosophilidae) currently colonizing the neotropical region ? - C. R. VILELA, 1999, Dros. Inf. Serv., 82 : 37–39.

Zaprionus indianus Gupta pond aussi dans des figues tombées au sol. Référence : First Report of Zaprionus indianus (Diptera: Drosophilidae) in Commercial Fruits and Vegetables in Pennsylvania - Neelendra K. Joshi, Kathleen Demchak, Alan Deppen, David J. Biddinger - Journal of Insect Science, 2014, 14 (1) : 259.

Les auteurs ne précisent pas si l'oviposition dans les figues au sol s'effectue toujours au niveau de l'ostiole, ou si, compte tenu de l'état des figues sous les arbres, elle a lieu aussi dans des fissures de l'épiderme ou même directement dans la pulpe (figue éclatée).

Zaprionus indianus Gupta est peu dangereuse pour les autres cultures fruitières. Son ovipositeur est trop faible pour entamer la peau des fruits (contrairement à celui de Drosophila suzukii Matsumura) et elle ne s'attaque donc qu'à des fruits en surmaturité ou abîmés (comme Drosophila melanogaster Meingen).

La mouche africaine de la figue est une drosophile de couleur brun orangé, qui mesure 3 à 3,5 mm de long.

Elle est facilement reconnaissable à ses deux fines bandes blanches bordées de noir sur le dessus de la tête et du thorax (les bandes blanches vont jusqu'au bout du scutellum).

 Zaprionus indianus Gupta : individus sur la pulpe d'une figue ouverte

 Zaprionus indianus Gupta : individus sur la pulpe d'une figue ouverte
(au-dessus des deux gros insectes)
(Crédit : M. P. B.
PASINI)

 

Zaprionus indianus Gupta : individus sur la pulpe d'une figue ouverte

Zaprionus indianus Gupta : individus sur la pulpe d'une figue ouverte
(Crédit : M. P. B.
PASINI)

On observe aussi une courte bande blanche sur le côté du thorax.

Zaprionus indianus Gupta (Mouche africaine de la figue

Zaprionus indianus Gupta (Mouche africaine de la figue)
(Crédit : Darren Obbard, University of Edinburgh)

 

Zaprionus indianus Gupta (Mouche africaine de la figue)

Zaprionus indianus Gupta (Mouche africaine de la figue)
(Crédit : LSV - V. BALMÈS)

Les entomologistes ajoutent certains critères d'identification qui ne sont observables qu'au microscope : partie antérieure du fémur pourvue de grandes épines composées (deux branches, une longue et fine et une basale courte et large), génitalia mâle...

Zaprionus indianus Gupta : partie antérieure du fémur (épines composées)

Zaprionus indianus Gupta : partie antérieure du fémur (épines composées)
(Crédit :
KimvdLinde, Wikimedia Commons)

L'oeuf blanchâtre est similaire à celui de Drosophila suzukii Matsumura, mais il présente quatre filaments respiratoires (au lieu de deux chez l'espèce précitée).

Zaprionus indianus Gupta : oeuf (quatre filaments respiratoires)

Zaprionus indianus Gupta : oeuf (quatre filaments respiratoires)
(Crédit :
LSV - V. BALMÈS)

La pupe est également proche de celle de Drosophila suzukii Matsumura, ne s'en distinguant que par la façon dont sont digités les stigmates antérieurs.

Zaprionus indianus Gupta : partie antérieure de la pupe (stigmates antérieurs digités)

Zaprionus indianus Gupta : partie antérieure de la pupe (stigmates antérieurs digités)
(Crédit : LSV - V. BALMÈS)

La larve est identique à celle de Drosophila suzukii Matsumura.

Zaprionus indianus Gupta : larve

Zaprionus indianus Gupta : larve
(Crédit : LSV - V. BALMÈS)

Des moyens de lutte proches de ceux utilisés pour Drosophila suzukii Matsumura ont été développés, notamment au Brésil et aux USA ; ils sont largement exposés sur Internet et je ne les reprends pas ici.

 

GROUPE 2

 

DROSOPHILA MELANOGASTER Meingen

Dans un article consacré à Lonchaea aristella Beck., F. SILVESTRI indique que les figues présentant des fissures dans la peau ou commençant à pourrir peuvent être attaquées par Drosophila melanogaster Meingen, qu'il nomme du synonyme Drosophila ampelophila Loew. Référence : Sulla Lonchaea aristella Beck. (Diptera : Lonchaeidae) dannosa alle infiorescenze e fruttescenze del caprifico e del fico, Bollettino del Laboratorio di Zoologia Agraria in Portici, F. SILVESTRI, 1917, vol.12, pp. 143 -146.

Il s'agit de la mouche du vinaigre, connue aussi sous le terme "moucheron" et dont la taille est minuscule, deux fois moindre que celle de la mouche noire du Figuier.

Pour éviter la confusion des attaques de cette espèce avec celles de la mouche noire du Figuier, F. SILVESTRI fournit à la page 142 des figures permettant d'en distinguer la larve de celle de cette dernière et de celle de la cératite (Ceratitis capitata Wiedemann).

Sur la figure XVII-3 fournie sur la page précitée, on voit que la larve de Drosophila melanogaster Meingen diffère de celle de Silba adipata McAlpine et de celle de Ceratitis capitata Wiedemann par la forme et le détail du dernier segment de l'abdomen.

La différence sur le dernier segment (en pointe chez Drosophila melanogaster Meingen) tient aux deux appendices respiratoires terminaux (spiracles) qui ressortent nettement en étant quasiment contigus, et en la présence de tubercules charnus latéraux.

Pour moi, la taille de la larve de Drosophila melanogaster Meingen, à peu près deux fois moindre (3/4 mm) que celle de Silba adipata McAlpine à complet développement (8 mm), n'est pas un critère d'identification de la première par rapport à l'autre.

En effet, la larve de Silba adipata McAlpine est à la naissance plus petite (0,8 mm) que la larve de Drosophila melanogaster Meingen à complet développement. En outre, elle passe par la taille maximale de la larve de Drosophila melanogaster Meingen (4 mm) au cours de son évolution.

Par contre, la larve de Silba adipata McAlpine, lorsqu'elle a dépassé nettement les 4 mm, permet d'écarter l'espèce Drosophila melanogaster Meingen, même si elle n'a pas encore terminé son évolution.

Le même raisonnement peut être tenu pour la reconnaissance de la larve de Drosophila melanogaster Meingen par rapport à celle de Ceratitis capitata Wiedemann, qui est un peu plus grande et un peu plus épaisse que celle de Silba adipata McAlpine.

Sachant qu'il est très rare de trouver une larve de Silba adipata McAlpine dans une figue molle, c'est presque toujours par rapport à une larve de Ceratitis capitata Wiedemann que l'on aura à lever le doute, si la larve présente une taille inférieure à 5 mm.

A l'état adulte, par sa taille deux fois moindre et par sa couleur brun orangé, la mouche du vinaigre ne peut pas être confondue avec la mouche noire du Figuier ou avec la cératite.

Drosophila melanogaster Meingen sur une figue en surmaturité

Drosophila melanogaster Meingen sur une figue en surmaturité

J'observe régulièrement sur mes figuiers des individus femelles qui pourraient être de l'espèce Drosophila melanogaster Meingen, mais qui pourraient aussi être des individus femelles de la drosophile asiatique (Drosophila suzukii Matsumura), à l'aspect strictement identique.

En toute rigueur, je ne sais pas si les deux espèces de drosophiles (melanogaster et suzukii) peuvent cohabiter sur le même arbre, ou si l'espèce suzukii (dont je suis sûr de la présence par l'identification des mâles) chasse l'autre...

Lors du dépouillement de mes observations photographiques en gros plan, je n'ai jamais pu identifier de façon certaine parmi les individus aux ailes non tachetés un mâle reconnaissable à son abdomen. Celui-ci pourrait alors être rattaché à l'espèce melanogaster, ce qui donnerait une indication sur la cohabitation entre les deux espèces, bien que des mâles aux ailes non tachetées aient été identifiés parmi les populations de Drosophila suzukii Matsumura.

En outre, les deux espèces ne peuvent pas être distinguées par la larve. La larve de Drosophila melanogaster Meingen est de taille et d'aspect identiques à ceux de la larve de Drosophila suzukii Matsumura.

En tout état de cause, si l'espèce melanogaster cohabite avec l'espèce suzukii, ses attaques ne me gênent pas.

En effet, rejoignant les observations de F. SILVESTRI, j'ai noté que les drosophiles de cette espèce repérés sur mes figuiers avant l'apparition dans mon verger de Drosophila suzukii Matsumura n'attaquaient que des fruits accidentellement fendus, en surmaturité ou en voie de pourrissement.

Drosophila melanogaster Meingen : deux adultes sur une figue en surmaturité, à l'ostiole distendu

Drosophila melanogaster Meingen : deux adultes sur une figue en surmaturité, à l'ostiole distendu
(on aperçoit le second individu à l'intérieur de l'ostiole ; variété 'Col de Dame Noire')

 

Drosophila melanogaster Meingen : deux adultes sur une figue en surmaturité, à l'ostiole distendu

Drosophila melanogaster Meingen : deux adultes sur une figue en surmaturité, à l'ostiole distendu
 (noter le second individu, à l'intérieur de l'ostiole ; variété 'Col de Dame Noire')

 

LAMPROLONCHAEA SMARAGDI Walker

Lamprolonchaea smaragdi  Walker est une espèce de la même famille que Silba adipata McAlpine (Lonchaeidae).

Selon  Eugène SÉGUY, qui la décrit sous le synonyme Lonchaea aurea Macquart 1851 : "la larve se développe surtout dans les fruits déjà attaqués par les Ceratitis ou les Carpocapses (poires, prunes, pèches, oranges, figues) : c'est un agent destructeur secondaire qui hâte leur décomposition et favorise leur invasion par les Drosophiles". Référence : Diptères (Brachycères), Faune de France, E. SÉGUY, 1934, vol. 28, page 178, Paul LECHEVALIER et fils, Paris.

On peut donc en déduire que Lamprolonchaea smaragdi Walker pond dans les figues déjà fragilisées par une attaque de la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata Wiedemann).

J’ai noté qu’Eugène SÉGUY indique déjà en 1934 que l'espèce a été signalée dans le Var (à Caillan), ainsi qu'en Corse.

Fabian COUSINIE, qui a effectué en 2017 son stage de licence professionnelle au CIVAM bio 66 avec pour sujet l'expérimentation du piégeage de masse de Silba adipata McAlpine, m'a indiqué qu'il avait identifié une dizaine d'individus de Lamprolonchaea smaragdi Walker dans les pièges posés.

Pour ma part, je n’ai jamais pu en observer un individu vivant, ni sur les figuiers, ni sur d’autres fruitiers, mais l’espèce Lamprolonchaea smaragdi Walker est présente dans mon verger car j’en ai capturé 5 individus entre le 12 août et le 22 septembre 2017.

J’ai posé le 12 août 2017 sur deux de mes figuiers (‘Grise de la Saint-Jean’ et ‘Col de Dame Noir’) un piège de type McPhail chargé avec une solution aqueuse à 40 g/l de phosphate diammonique.

En relevant ces pièges une fois par semaine,  j’ai constaté la capture d’individus de Lamprolonchaea smaragdi Walker (1 par relevé pour les 2 premiers et 3 en un seul relevé pour les 3 derniers).

J’ai observé les individus capturés de trois façons : à l’oeil nu,  avec une forte loupe, par des agrandissements (via un logiciel) de photographies déjà en gros plan. Je ne pratique pas la loupe binoculaire.

Voici mes observations : aspect général, variation de la couleur à l'observation, taille, variation de taille entre individus, chevauchement des tailles entre espèces, nervation de l'aile.
 

Aspect général

L’aspect morphologique général de Lamprolonchaea smaragdi Walker est identique à celui de Silba adipata McAlpine, mais la couleur vert émeraude métallique du thorax et de l’abdomen permet de l’identifier aisément.

Deux individus de Lamprolonchaea smaragdi Walker

Deux individus de Lamprolonchaea smaragdi Walker

 

Trois individus de l'espèce Lamprolonchaea smaragdi Walker

Trois individus de l'espèce Lamprolonchaea smaragdi Walker

 

Lamprolonchaea smaragdi Walker

Lamprolonchaea smaragdi Walker

 

Lamprolonchaea smaragdi Walker

Lamprolonchaea smaragdi Walker

Selon Eugène SÉGUY, qui précise que la tête est noir mat, le corps est entièrement vert métallique brillant (page 174 de l'ouvrage précité).

Je l'ai constaté moi aussi, mais seulement pour les côtés et le dessus du thorax et de l'abdomen. Je n’ai pas le souvenir d’avoir observé avec la loupe le dessous du corps pour vérifier s’il est noir ou vert métallique. Il faudra que je le fasse lors d’éventuelles prochaines captures. Sur mes photographies, le dessous du corps apparaît toujours noir, mais il se peut que ce soit le résultat de l’incidence de la lumière...

 

Variation de la couleur selon l'observation

J’ai noté qu’un individu de Lamprolonchea smaragdi Walker ne révèle sa couleur vert émeraude que s’il est observé avec une lumière de bonne intensité et captée sous une certaine incidence.

Sans ces conditions de lumière, il apparaît noir comme Silba adipata McAlpine.

Ainsi, sur la photographie qui suit, le spécimen le plus à droite apparaît totalement noir (comme les deux individus de Silba adipata McAlpine à gauche) alors qu’il s’agit d’un individu de l’espèce Lamprolonchaea smaragdi Walker.

Lamprolonchaea smaragdi Walker - à droite ; à gauche deux individus de Silba adipata McAlpine

Lamprolonchaea smaragdi Walker - à droite ; à gauche deux individus de Silba adipata McAlpine
(noter que le spécimen paraît noir du fait de l'intensité et de l'incidence de la lumière)

Les conditions de lumière favorables sont assez faciles à obtenir en orientant l’individu mort au bout d’une pince à dissection (en observation à l’oeil nu, ou, mieux, avec l’aide d’une forte loupe).

Elles sont par contre assez difficiles à obtenir lors de la photographie en gros plan, même sous soleil direct (bonne incidence de la lumière à saisir...).

Ainsi :

Sur la photographie ci-après, la couleur verte est à peine visible.

Lamprolonchaea smaragdi Walker

Lamprolonchaea smaragdi Walker
(noter que la couleur verte est à peine visible du fait de l'intensité et de l'incidence de la lumière)

Sur la photographie qui suit, le thorax apparaît noir (alors qu'il est vert), à la différence de l’abdomen.

Lamprolonchaea smaragdi Walker

Lamprolonchaea smaragdi Walker
(noter que le thorax paraît noir alors qu'il est vert, du fait de l'intensité et de l'incidence de la lumière)

Et, sur cette dernière photographie, l’abdomen apparaît noir (alors qu'il est vert), à la différence du thorax.

Lamprolonchaea smaragdi Walker - à droite - à côté de Silba adipata McAlpine

Lamprolonchaea smaragdi Walker - à droite - à côté de Silba adipata McAlpine
(noter que l'abdomen paraît noir alors qu'il est vert, du fait de l'intensité et de l'incidence de la lumière)

 

Taille

En règle générale, Lamprolonchaea smaragdi Walker est nettement plus petit que Silba adipata McAlpine.

On peut le constater sur la dernière photographie ci-dessus, mais également sur les photographies suivantes.

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker et Silba adipata McAlpine

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker et Silba adipata McAlpine
(deux individus de
Lamprolonchaea smaragdi Walker, à gauche et de Silba adipata McAlpine, à droite)

 

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker et Silba adipata McAlpine

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker (à droite) et Silba adipata McAlpine

 

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker (à droite) et Silba adipata McAlpine

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker (à droite) et Silba adipata McAlpine

Sur la photographie ci-après, les trois individus de droite sont de l’espèce Lamprolonchaea smaragdi Walker.

Lamprolonchaea smaragdi Walker - 3 spécimens, à droite - à gauche, Silba adipata McAlpine

Lamprolonchaea smaragdi Walker - 3 spécimens, à droite - à gauche, Silba adipata McAlpine

Pour un oeil exercé à l’observation de Silba adipata McAlpine, cette différence de taille attire l’attention et dirige la suspicion d’identification vers Lamprolonchaea smaragdi Walker, même si le spécimen n’a pas encore été observé sous des conditions de lumière permettant de faire apparaître sa couleur vert émeraude (par exemple lorsqu’il flotte à la surface de la solution aqueuse d’un piège...).

En outre, le plus souvent, même d’apparence noire, un individu de Lamprolonchaea smaragdi Walker apparaît plus brillant qu’un individu de Silba adipata McAlpine (mais ce n’est pas le cas sous certaines incidences de lumière...).

La différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker et Silba adipata McAlpine paraît plus importante à l’oeil nu que lorsque l’on mesure la longueur du corps (hors dépassement des ailes).

On le constate sur la photographie ci-après.

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker (à gauche) et Silba adipata McAlpine

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker (à gauche) et Silba adipata McAlpine

Sur cette photographie, le spécimen de Silba adipata McAlpine paraît nettement plus gros que celui de Lamprolonchaea smaragdi Walker alors qu’il ne mesure qu’un demi-millimètre de plus en longueur (3,5 mm contre 3 mm), soit un supplément de longueur de 17 %. 

En fait, si l’on rapporte la proportion à l’échelle humaine, l’augmentation de taille de 17 % revient à comparer un homme de 1,60 m avec une homme de 1,87 m...

Sur la photographie suivante, prise sous loupe binoculaire, le spécimen de Silba adipata McAlpine a une longueur de corps (hors dépassement des ailes) supérieure de 12 % à celle du spécimen de Lamprolonchaea smaragdi Walker.

 Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker (en bas) et Silba adipata McAlpine

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker (en bas) et Silba adipata McAlpine
Crédit : Fabian COUSINIE

La différence de largeur du scutum est environ du même ordre (12 % de plus pour Silba adipata McAlpine).

 

Variation de taille entre individus

Comme chez Silba adipata McAlpine, il existe des variations de taille entre les individus de Lamprolonchaea smaragdi Walker.

Voici les mesures de longueur de corps (hors dépassement des ailes) des 5 individus de Lamprolonchaea smaragdi Walker que j’ai capturés : individu 1 : 3 mm ; individu 2 : 3,2 mm ; individus 3 à 5 : 3,1 mm, 3,3 mm et 3,6 mm.

Soit des longueurs de 3 à 3,6 mm, donc une variation maximale de 0,6 mm, ce qui représente 20 % de plus entre la longueur du plus petit des cinq individus et celle du plus grand de ceux-ci.

La photographie ci-après montre trois individus de Lamprolonchaea smaragdi Walker.

Trois individus de l'espèce Lamprolonchaea smaragdi Walker

Trois individus de l'espèce Lamprolonchaea smaragdi Walker

Je remarque que l’individu central est plus grand que les deux autres (longueur du corps, hors dépassement des ailes : 3,6 mm) et l’individu le plus à droite est le plus petit des trois (3,1 mm). Celui le plus à gauche faisant 3,3 mm de long. Les mesures ont été effectuées à l’écran en tenant compte de la perspective, donc de la variation de longueur d’un mm (du pied à coulisses) affiché à l’écran selon la position de celui-ci sur la photographie.

 

Chevauchement des tailles entre espèces

Il apparaît que les individus les plus gros de Lamprolonchaea smaragdi Walker ont une taille légèrement supérieure aux individus les plus petits de Silba adipata McAlpine.

J’ai trouvé en effet dans les pièges posés sur mes figuiers un certain nombre d’individus de Silba adipata McAlpine qui présentent une longueur du corps (hors dépassement des ailes) de 3,5 mm et même un individu de 3,4 mm.

Ce qui est légèrement inférieur à la longueur (3,6 mm) de l’individu de Lamprolonchaea smaragdi Walker de plus grande taille que j’ai capturé.

La photographie ci-après montre deux individus de Silba adipata McAlpine à gauche, suivis de trois individus de Lamprolonchaea smaragdi Walker, à droite. 

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker (3 spécimens à droite) et Silba adipata McAlpine

Différence de taille entre Lamprolonchaea smaragdi Walker (3 spécimens à droite) et Silba adipata McAlpine

Je note que le spécimen le plus gros de Lamprolonchaea smaragdi Walker  (quatrième individu à partir de la gauche) est légèrement plus gros que le spécimen le plus petit de Silba adipata McAlpine (premier individu à partir de la gauche), avec des longueurs respectives de 3,6 mm et 3,5 mm (corps hors dépassement des ailes).

En toute rigueur, il conviendrait d'être sûr que les individus de longueur inférieure à 4 mm considérés comme étant de l'espèce Silba adipata McAlpine appartiennent vraiment à celle-ci et non à une espèce proche de taille plus petite appartenant aussi à la famille des Lonchaeidae.

Pour cela, il faudrait mesurer des spécimens d’élevage obtenus à partir de larves émergées de figues et non des individus capturés dans des pièges sur les figuiers.

 

Nervation de l'aile

J’ai observé que Lamprolonchaea smaragdi Walker présente la nervation du bord antérieur de l’aile (cellules costale et sous-costale) commune à tous les genres et espèces de la famille des Lonchaeidae.

Cela n’apparaît pas à l’oeil nu, mais c’est assez facilement visible avec une forte loupe ou sur un agrandissement photographique tel celui présenté ci-après.

Lamprolonchaea smaragdi Walker : nervation du bord antérieur de l'aile

Lamprolonchaea smaragdi Walker : nervation du bord antérieur de l'aile

On peut également le remarquer sur la photographie suivante, prise sous loupe binoculaire.

Lamprolonchaea smaragdi Walker : nervation du bord antérieur de l'aile

Lamprolonchaea smaragdi Walker : nervation du bord antérieur de l'aile
crédit : Fabian COUSINIE

On ne peut donc pas distinguer Lamprolonchaea smaragdi Walker et Silba adipata McAlpine par cette zone de l’aile, qui présente la même nervation chez les deux espèces.

 

OSCINOSOMA DISCRETUM Bezzi

Filippo SILVESTRI indique que les figues du caprifiguier peuvent être attaquées par un diptère noirâtre de très petite taille (2,2 à 2,6 mm de longueur de corps pour la femelle, le mâle un peu plus petit), dont le nom est Oscinosoma discretum Bezzi.

Il lui consacre un article dans le bulletin du laboratoire de zoologie agraire de Portici (Italie). Référence : Descrizione di una specie di Oscinosoma (Diptera : Chloropidae) osservato in fruttescenze di caprifico, Bollettino del Laboratorio di Zoologia Agraria in Portici, F. SILVESTRI, 1917, vol.12, pp. 147-154.

Filippo SILVESTRI insiste sur le fait qu'il n'a trouvé des oeufs et des larves de Oscinosoma discretum Bezzi que dans les figues mûres de caprifiguier (profichi et, rarement, mammoni), jamais dans les figues de figuiers domestiques. Il pense que c'est le seul mode de vie de l'espèce.

Pour ma part, je ne possède pas de caprifiguier et je n'ai pas rencontré d'individus de cette espèce (vivants ou capturés dans les pièges) sur mes figuiers domestiques.

L'espèce devrait être assez facilement identifiable par rapport à la mouche noire du Figuier par quelques caractéristiques telles que la taille, les ailes au repos (se recouvrant quasiment) qui ne dépassent que de très peu l'extrémité de l'abdomen, le dessus de la tête avec un triangle non velu et la partie postérieure du dessus du scutum entièrement dépourvue de soies.

Oscinosoma discretum Bezzi : individu femelle

Oscinosoma discretum Bezzi : individu femelle
(crédit : F. SILVESTRI)

L'oeuf de Oscinosoma discretum Bezzi est différent de celui de la mouche noire du Figuier et de celui de la cératite.

Nettement plus petit d'un tiers (longueur de 0,6 mm ou légèrement moins), il n'est pas lisse. Sa surface est parcourue de sillons longitudinaux réticulés.

Oeuf de Oscinosoma discretum Bezzi - à droite, portion de chorion

Oeuf de Oscinosoma discretum Bezzi vu de côté - à droite, portion de chorion
(crédit : F. SILVESTRI)

 

OBSERVATIONS COMPLEMENTAIRES

 

Il peut arriver que des mouches qui ne pondent pas dans la figue, donc qui ne présentent pas un danger pour la récolte, profitent de la dilatation de l'ostiole des figues mûres pour sucer l'infrutescence.

A titre d'exemple, je livre ci-après la photographie d'une mouche à damier (Sarcophaga carnaria L.) sur ostiole que m'a envoyée Bernard PEYRE, ancien producteur de figues et passionné de figuier.

L'observation a été réalisée au verger-conservatoire de figuiers de Gimont, à proximité de Toulouse, le 23 septembre 2016, alors que Bernard PEYRE étudiait l'action de la punaise verte ponctuée (Nezara viridula L.) sur les figues.

Mouche à damier (Sarcophaga carnaria L.) en train de sucer l'infrutescence d'une figue dans l'ostiole dilaté

Mouche à damier (Sarcophaga carnaria L.) en train de sucer l'infrutescence d'une figue dans l'ostiole dilaté
(au-dessous, une larve de punaise verte ponctuée, Nezara viridula L., se nourrissant à la surface de la figue)
Crédit : Bernard PEYRE

Sur l'agrandissement ci-après, le nombre de lignes visibles sur le dessus du thorax (trois), le fait que la ligne centrale se poursuive sur le scutellum et la présence des larges points blancs sur le dessus de l’abdomen confirment qu'il s’agit de la mouche à damier (Sarcophaga carnaria L.).

Mouche à damier (Sarcophaga carnaria L.) en train de sucer l'infrutescence d'une figue dans l'ostiole dilaté

Mouche à damier (Sarcophaga carnaria L.) en train de sucer l'infrutescence d'une figue dans l'ostiole dilaté
(au-dessous, une larve de punaise verte ponctuée, Nezara viridula L., se nourrissant à la surface de la figue)

Crédit : Bernard PEYRE

Je ne connais pas particulièrement cette mouche, mais j’ai été surpris d'apprendre dans la littérature spécialisée qu’en sus de sa nourriture habituelle de viande avariée elle apprécie le nectar des fleurs (certaines photographies que j'ai trouvées sur Internet le confirment).

Et Bernard PEYRE nous prouve qu'il arrive aussi à cette mouche de sucer l’infrutescence de la figue mûre en se penchant dans l’ostiole dilaté...

Mais il ne s’agit pas d’une mouche pouvant provoquer des dommages importants à une récolte de figues parce qu'elle ne pond pas dans la figue, et que, comme toutes les mouches, elle est de type suceur-lécheur dans son mode de nutrition.

En toute rigueur, on peut toutefois se demander si la partie de l’infrutescence sucée à travers l’ostiole ne pourrait pas se dégrader dans une certaine mesure, par suite de l’action des enzymes contenues dans la salive déposée par la mouche pour prédigérer partiellement ses aliments.

Mais, la partie de l’infrutescence sucée étant très faible et la succion de l’infrutescence à travers l’ostiole par une mouche étant rare, on peut considérer comme négligeables les dégâts éventuels de ce type.

 

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