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Article publié en 2025.
Auteur : François DROUET.

Photographies : voir crédits.
Tous droits réservés.

 

 

Le mandarinier Satsuma : possibilités d'acclimatation

 

 

 

Il y a plus de cinquante ans, lorsque j’ai débuté mes collections de fruitiers rares, le mandarinier japonais Satsuma, alors rare en France, me fascinait déjà. Et, aujourd’hui, si ma jeunesse m’était redonnée et que j’aie à planter mon premier agrume, je choisirais un mandarinier Satsuma…

 

POURQUOI PLANTER UN SATSUMA ?

 

Rappellons tout d'abord que le Satsuma, connu surtout par son appellation latine traditionnelle Citrus unshiu Marcov., figure dans la taxonomie actuelle sous la désignation Citrus reticulata subsp. unshiu (Marcov.) Rivera et al.

C’est un beau mandarinier au port pleureur, aux grandes feuilles vert foncé, sans épines, dont la vigueur modérée (hauteur 2 à 3 m, selon les cultivars) convient bien aux petits espaces. Et, surtout, il possède deux caractéristiques particulières : il s’agit d’un agrume semi-rustique et certains de ses cultivars produisent bien avant la saison habituelle des agrumes. De ce fait, ses aires d’acclimatation potentielles sont plus septentrionales que celles des agrumes classiques, notamment celle du mandarinier méditerranéen. Et, dans les zones traditionnelles de culture des Citrus, on peut récolter ses fruits à une époque où il n’existe pas d’autres agrumes disponibles.
 

Satsuma ‘Owari' (région de Toulon, décembre).

Satsuma ‘Owari' (région de Toulon, décembre).
Crédit : François DROUET.
 

La productivité du Satsuma est élevée, quel que soit le cultivar. Son fruit est une mandarine orangée de belle taille, présentant le plus souvent une forme aplatie, et dont la peau se pèle facilement. Elle possède une saveur très douce à maturité et est ordinairement exempte de pépins. On peut la consommer encore en grande partie verte, lorsqu’elle commence à tourner au jaune par endroits. Sa saveur est alors acidulée.
 

Satsuma ‘Owari' : fruits immatures.

Satsuma ‘Owari' : fruits immatures.
Crédit : François DROUET.

 

Satsuma ‘Owari' : fruits mûrs.

Satsuma ‘Owari' : fruits mûrs.
Crédit : François DROUET.

 

ET SA CULTURE ?

 

Je ne développe pas dans le présent article les exigences et techniques de culture, les maladies et ravageurs, la multiplication. Il en va, en effet, pour le mandarinier Satsuma comme pour les autres agrumes, pour lesquels ces sujets sont largement documentés.

Je souligne simplement quelques préconisations importantes pour l’acclimatation : exposition ensoleillée (sans soleil, peu ou pas de fleurs, donc peu ou pas de fruits, et moindre résistance au froid) ; position en bas-fond à éviter absolument (l’air froid va s’y accumuler et y stagner) ; protection contre les vents dominants (plantation derrière une haie de 3 m de hauteur, ou un mur, à 1,5 m de distance) ; protection des sujets jeunes, quatre à cinq années après la greffe (selon la région, voile d’hivernage, ou élevage en pots abrités l’hiver) ; cultivars greffés sur Poncirus trifoliata (L.) Raf., pour augmenter significativement leur résistance au froid.

Pour un Satsuma nain, on optera pour la greffe sur la variété naine aux branches contournées Poncirus trifoliata var. monstrosa (connue aussi sous le nom ‘Flying Dragon’). Pour les sols trop calcaires pour le Poncirus, large trou et amendement requis à la plantation, et culture avec régulation éventuelle de la chlorose ferrique. Noter aussi que le palissage contre un mur plein sud est possible, le Satsuma se prêtant bien à ce mode de conduite.
 

Citrus unshiu Marcov. : branches flexibles.

Citrus unshiu Marcov. : branches flexibles.
Crédit : François DROUET.

 

QUELLES SONT SES POSSIBILITÉS D'ACCLIMATATION ?

 

OBSERVATIONS DE RUSTICITÉ

Je puis personnellement témoigner de la résistance sans aucun dégât de plusieurs cultivars de Satsuma (cinq à huit ans, greffés sur Poncirus), à deux attaques exceptionnelles de froid à -9 °C, espacées d’une semaine. Observation fin février 2005, région de Toulon, pointes de froid de fin de nuit, temps sec.

La même année, un correspondant de Cotignac (Haut-Var), à 46 km de la mer (vol d’oiseau), m'a fait part de l'observation suivante, réalisée dans son jardin : le 1er et le 2 mars, un mandarinier Satsuma (cinq ans, greffé sur Poncirus), a enduré des chutes nocturnes de température à -12 °C. Températures négatives de 18 h la veille à 10 h le matin, les deux fois. Sujet fortement défolié, avec dégâts sur les rameaux terminaux, mais réapparition des feuilles, accompagnées des fleurs, en avril et mai.

Dans la Revue de Botanique appliquée, vol. II, 1922, deux articles d’Auguste CHEVALIER (« Le mandarinier Unshu », page 224, et « La création d’agrumes résistant au froid », page 617) rapportent les travaux d’acclimatation de Georges COUDERC, menés à Aubenas (Ardèche) pendant plusieurs décennies.

Observations de ce dernier pour les mandariniers japonais Unshu et Satsuma (obtenus par sélection de jeunes plants de semis ayant survécu au gel, greffés ensuite sur Poncirus) : les fruits gèlent entre -7 et -8 °C, les feuilles grillent à -12 °C, et les branches sont encore intactes à -14 °C (température jamais dépassée à Aubenas). Selon G. COUDERC, les plants francs de pied supportent de -9 à -10 °C, et la greffe sur Poncirus fait gagner 5 °C de température négative. Concernant l’Unshu, le Dr TRABUT (directeur du service botanique d’Algérie), qui a envoyé les graines à G. COUDERC, utilise le terme Unshiu et indique qu’il est très proche du Satsuma, qui est une sélection de meilleur aspect.

Thiomir DIMITROV, ingénieur-agronome, a publié sur le site de la pépinière bulgare Palm Center une photographie d'un satsuma ‘Miyagawa’, en date du 18 octobre 2018 (reproduction ci-après avec son aimable autorisation). Froid maximal subi dans l’année : -12 °C, le 3 février. Plant greffé sur Poncirus trifoliata ‘Flying Dragon’ et palissé contre un mur exposé au sud. Commune de Rogachevo (5 km à vol d’oiseau de la mer Noire, zone USDA 7b).
 

Satsuma ‘Miyagawa’ à Rogachevo, Bulgarie (18 octobre 2018).

Satsuma ‘Miyagawa’ à Rogachevo, Bulgarie (18 octobre 2018).
Crédit : Thiomir DIMITROV.
 

Julien BÉLOT, (pépinière Tiny Mandragore, à Marck, près de Calais), qui a apporté son concours précieux au présent article pour le comportement au froid des cultivars, a testé plusieurs dizaines de cultivars de Satsuma en plein champ, sur différents porte-greffes. Conditions de culture difficiles, sous climat pluvieux et venteux, avec ensoleillement faible. Plants élevés le plus souvent en serre froide (pendant 4 à 5 ans après la greffe).

Ci-après, quelques-unes de ses observations de rusticité du Satsuma.

Froids habituels : -8 à -10 °C (de courte durée), selon les années. En général, bonne résistance des cultivars, surtout les sujets âgés (10 ans et plus) et abrités du vent.

En 2020 : -11,5 °C, -9 °C, -3 °C, respectivement, au cours de 3 jours consécutifs, sans vent, sol humide, porte-greffe Poncirus. ‘Xie Shan’ (12 ans) et 'Skorospelij' (nain, 3 ans) : légère perte de feuilles, fructification normale dans l’année. ‘Owari Francis Soulès’ (6 ans) et ‘Owari Collot’ (7 ans), trop jeunes et testés en plein vent : défoliation totale, gros dégâts de branches, fructification 1 an après pour le second, et seulement 2 ans après pour le premier. ‘Hashimoto’ (6 ans) : forts dégâts, reprise faible, mais petits fruits dans l’année. ‘Iwazaki’ (7 ans) a succombé.

En 2023, -11 °C, au cours de 2 semaines sans dégel, vent, pas de neige protectrice, porte-greffe Poncirus. ‘Owari Francis Soulès’ (9 ans), ‘Owari Collot’ (10 ans), ‘Silverhill’ (8 ans), ‘Owari’ (10 ans) ont bien résisté (légère perte de feuilles pour certains), avec fructification normale dans la saison.
 

Citrus unshiu Marcov. : symptômes de gel sur feuille.

Citrus unshiu Marcov. : symptômes de gel sur feuille.
Crédit : Julien BÉLOT.

 

En ce qui concerne la résistance éventuelle à des températures plus basses que -12 °C, je dispose de plusieurs observations.

En 1985, un pépiniériste des Pyrénées-Orientales m'a rapporté une observation personnelle : pendant l’hiver exceptionnellement froid de cette année-là, des mandariniers Satsuma greffés sur Poncirus ont résisté dans la région de Perpignan à des pointes de -14 °C, avec simplement de légers dégâts de rameaux.

Un collectionneur d’agrumes rustiques de la région toulousaine rapporte dans une vidéo qu’en 2012 son Satsuma ‘Owari Francis Soulès’ a supporté sans aucun dégât des températures de -14/-15 °C, au cours d’une semaine sans dégel (plant peu âgé, sans protection). Il attribue cette résistance au froid à la rusticité intrinsèque exceptionnelle de ce cultivar, qui a été sélectionné pour cette raison. Presqu’en fin de vidéo, il précise que son porte-greffe de prédilection est le Poncirus trifoliata. Référence : Youtube, vidéo « Ils cultivent des agrumes en pleine terre résistant au froid », 13 décembre 2021, l’Archipelle.

Au cours de la préparation du présent article, un pépiniériste m’a assuré qu’en 2012, dans la région de Salon-de-Provence, un plant de Satsuma ‘Owari Francis Soulès’ a supporté -15 °C avec seulement quelques dégâts de feuilles. Mais il ne m’a pas été possible d’obtenir les informations demandées relatives aux éventuelles conditions de résistance au froid défavorables.

De même, j’ai relevé sur le site Internet d’une importante pépinière d’Anjou produisant des agrumes la mention (sans aucun détail) que des satsumas ont résisté à -15 °C, en 2012, près d’Angers. Dans ce cas également, il ne m’a pas été possible d’obtenir les informations demandées relatives aux éventuelles conditions de résistance au froid défavorables.

Julien BÉLOT m’a indiqué pour sa part qu’en 2012, lorsque la température dans son champ de tests des satsumas a atteint -14,9 °C (au cours de 2 semaines sans dégel), il a constaté la perte de la totalité des cultivars, âgés de 5 à 8 ans, quel que soit le porte-greffe.
 

Citrus unshiu Marcov. : dégâts de gel sur rameau.

Citrus unshiu Marcov. : dégâts de gel sur rameau.
Crédit : Julien BÉLOT.

 

Citrus unshiu Marcov. : dégâts de gel sur rameau.

Citrus unshiu Marcov. : dégâts de gel sur rameau.
Crédit : Julien BÉLOT.

 

CONTRAINTES DE RUSTICITÉ

Il ressort des différentes observations rapportées ci-dessus à titre d’exemple que la résistance au froid du Satsuma greffé sur Poncirus trifoliata permet de tenter sa culture (d’amateur) dans les régions où les températures hivernales peuvent atteindre jusqu‘à -12 °C.  L'absence, ou l'insuffisance, d'informations contextuelles relatives aux observations de survie à des températures plus basses m'amènent à considérer celles-ci comme des indices encourageants, qui confortent la limite des -12 °C, mais que je ne puis pas retenir dans la norme.

Il faut souligner que la limite des -12 °C est celle d’une acclimatation potentielle, et non d’un standard universel de plantation. En effet, des conditions de résistance au froid défavorables (CRFD), au nombre de douze pour les principales et communes à tous les agrumes, peuvent empêcher le Satsuma de survivre, ou lui occasionner chaque année de graves dégâts, lors de températures nettement moins basses.

Les six premières sont d’ordre climatique, ou dépendent du climat.

CRFD 1 : état de dormance insuffisant de l’arbre (le repos végétatif est l’état dans lequel un agrume est le moins sensible au froid, et une période fraîche précédant les grands froids incite les arbres à entrer en dormance). La soudaineté de la survenance du froid extrême est donc très néfaste, car l’arbre n’est pas encore à l’état de dormance. Il en est de même pour un réchauffement hivernal, engendrant une perte de l’état de dormance, suivi d'un brusque refroidissement.

CRFD 2 : longue durée de la période de gel (un froid négatif prolongé est plus néfaste qu’un froid plus intense de courte durée).

CRFD 3 : présence de vent (extrêmement nocive, selon mes observations personnelles régulières de défoliation et dégâts de rameaux lors de grands froids sur les seules parties des agrumes exposées au mistral, les parties à l’opposé restant intactes). On peut lutter contre cette CRFD en plantant le Satsuma derrière une haie ou un mur de 3 de hauteur.

CRFD 4 : sol humide, a fortiori détrempé ou inondé.

CRFD5 : hygrométrie élevée (à température négative égale, les nuits humides sont plus dangereuses que les nuits sèches, pour les fruits et pour le plant).

CRFD6 : aoûtement insuffisant des rameaux (par manque de chaleur l’été précédent).

Note : il ne faut pas craindre la neige, qui constitue un très bon isolant de l’arbre contre le froid et qui n’altère pas les tissus végétaux.

Deux conditions de résistance au froid défavorables sont liées à l’arbre.

CRFD 7 : bois insuffisamment gros (tronc et branches d’un arbre trop jeune ; la sensibilité du bois au froid dépendant de sa grosseur).

CRFD 8 : mauvais état sanitaire de l’arbre (par blessure, maladie, ou malnutrition), le plus souvent létal.

Les quatre dernières conditions de résistance au froid défavorables sont des facteurs qui peuvent être évités lors de la décision de planter.

CRFD 9 : rusticité intrinsèque moindre du cultivar (qu’il convient d’écarter pour l’acclimatation dans les zones froides).

CRFD 10 : utilisation d’un porte-greffe inadapté pour les régions froides (on doit considérer la rusticité de celui-ci, mais aussi sa faculté à conférer au cultivar greffé une résistance maximale au froid ; et non seulement une bonne résistance au froid). En ce qui concerne le porte-greffe, pour ma part, je ne peux m’engager que sur le Poncirus trifoliata pour une tentative d’acclimatation à -12 °C du Satsuma. Mais je sais que d’autres assurent que des porte-greffes différents permettent d’y parvenir, sans que j’aie vocation à en juger le bien-fondé.

CRFD 11 : greffe trop près du sol (cette zone est plus froide que celle située quelques dizaines de centimètres au-dessus, sachant que près du sol c’est le porte-greffe, et non le cultivar, qui résistera le mieux).

CRFD 12 : exposition mal ou non ensoleillée, et/ou position en bas-fond (ce type d’exposition favorise l’abaissement des températures et ralentit la remontée hors gel de celles-ci, ainsi que le réchauffement du sol. Et la position de l’arbre en bas-fond a pour effet l’accumulation et la stagnation de l’air froid dans la zone où il se trouve).

En conclusion, il faut retenir que ce n’est pas la température -12 °C qui définit la rusticité d’un plant de Satsuma. C’est l'association de cette limite avec le jeu des 12 CRFD (ces dernières pouvant la modifier fortement) qui définit sa rusticité dans un endroit donné, une année donnée.

 

CONTRAINTES DE FRUCTIFICATION

Le Satsuma est auto-incompatible et son pollen est très peu viable. Mais la fructification est assurée sur un seul plant par parthénocarpie. Les contraintes de fructification sont climatiques : il faut que les conditions de chaleur permettent à l’arbre de mener à son terme sa fructification et, qu’une fois les fruits développés, ceux-ci ne gèlent pas.

Selon les observations de Julien BÉLOT, les fruits du Satsuma situés sur la partie extérieure de la ramure gèlent à -6 °C. Et, selon les observations de Miriam QUISSAC (pépinière QUISSAC), les fruits ayant subi le gel à une température ne les faisant pas éclater sont de moins bonne valeur gustative, car le gel durcit les membranes intérieures.
 

Fruit gelé de Satsuma ‘Okitsu’ (froid bref de -8 °C).

Fruit gelé de Satsuma ‘Okitsu’ (froid bref de -8 °C).
Crédit : Julien BÉLOT.

 

 Fruit gelé de Satsuma ‘Owari’ (froid bref de -8 °C).

Fruit gelé de Satsuma ‘Owari’ (froid bref de -8 °C).
Crédit : Julien BÉLOT.
 

Pour satisfaire aux contraintes de fructification, il faut recourir dans les régions à été court à des cultivars d’époque de maturité très précoce, ou précoce. Et il convient même, selon la région, de privilégier la cueillette des fruits dès qu’ils commencent à tourner par endroits vers le jaune, alors qu’ils sont en grande partie encore verts. Etant souligné que, pour la mandarine Satsuma, il existe deux stades de récolte : lorsque la peau est encore verte, ou tournant au jaune par endroits, la pulpe déjà orange présentant une saveur acidulée ; ou lorsque la peau a pris une couleur orange, la pulpe possédant alors une saveur plus sucrée.
 

Mandarine Satsuma ‘Xie Shan’ : contraste entre épiderme vert et pulpe orange.

Mandarine Satsuma ‘Xie Shan’ : contraste entre épiderme vert et pulpe orange.
Crédit : Julien BÉLOT.
 

Sur le littoral méditerranéen, une autre contrainte en relation avec l’époque de maturité est à prendre en compte : la mouche méditerranéenne des fruits (cératite, Ceratitis capitata Wiedemann). Elle affectionne particulièrement les agrumes, et est très difficile à combattre en culture d'amateur, selon mon expérience. Sa présence est forte de fin juin à fin septembre, puis décroît progressivement pendant les mois d'octobre et novembre, en restant significative. La décision de planter des cultivars très précoces ou précoces expose donc leurs fruits aux attaques soutenues de la cératite. La plantation de cultivars de pleine saison, ou semi-tardifs, est préférable. Sachant que les cultivars tardifs sont à éviter, selon les endroits, en raison des risques de gel des fruits.
 

Ceratitis capitata Wiedemann : femelle.

Ceratitis capitata Wiedemann : femelle.
Crédit : François DROUET.

 

Ceratitis capitata Wiedemann : femelle avec ovipositeur sorti.

Ceratitis capitata Wiedemann : femelle avec ovipositeur sorti.
Crédit : François DROUET.
 

Dans les régions froides, une contrainte de fructification insidieuse apparaît lors de froids hivernaux intenses. Selon les observations de Julien BÉLOT, la défoliation du Satsuma a une incidence sur le volume de production de fruits. A partir de la perte d’environ un tiers des feuilles, la quantité de fruits produits dans la saison diminue. Si la défoliation est totale, ce qui se produit dès -10 °C pour les cultivars les plus sensibles, la fructification du Satsuma peut être très faible. Le risque de défoliation totale d’une année sur l’autre, consécutive à une régularité d’occurrence de conditions de résistance au froid défavorables, peut donc constituer une contre-indication pour la plantation du Satsuma, même si la limite de -12 °C n’est pas dépassée.

 

DANS QUELLES RÉGIONS PEUT-ON LE PLANTER ?

 

L'APPROCHE PAR ZONES CLIMATIQUES

Pour les personnes non motivées par les essais d’acclimatation qui souhaitent planter un Satsuma avec un risque modéré d’échec en culture, une approche par zones climatiques peut donner des indications.

En 1922, Auguste CHEVALIER, dans les articles précités de la Revue de botanique appliquée, estimait que l’aire de culture du Satsuma pouvait s’étendre (en sus de la zone traditionnelle de culture des agrumes) à la zone de l’olivier, au littoral atlantique et aux régions de Bretagne, Cotentin, Anjou.

En 1951, R. CHOPINET et J. DUPOUY, ingénieurs horticoles des établissements VILMORIN-ANDRIEUX, classent les zones de culture possible des agrumes selon les isothermes de janvier et de juillet. Référence : R. CHOPINET et J. DUPOUY, 1951, Résistance au froid de certains Citrus et de leurs hybrides, Fruits, vol. 6, n° 4, pp. 131-140.

Pour le Satsuma, ils définissent une aire de culture probable délimitée par l’isotherme de janvier +5 °C et celui de juillet +18 °C. Il s’agit du littoral méditerranéen, du littoral atlantique jusqu’au Morbihan, d’une partie du Languedoc, du bassin de la Garonne. Ils envisagent aussi une zone d’extension qu'ils considèrent un peu plus aléatoire pour la fructification et pour l’aoûtement des rameaux, par manque de chaleur estivale. Elle est définie par l’isotherme de janvier +5 °C, et ceux de juillet +16 °C et +17 °C, correspondant à l’extrémité de la pointe bretonne (Quimper à Saint-Brieuc) et à la partie extrême de la presqu’île du Cotentin.
 

Carte des 8 zones de culrure possible des agrumes  (1951).

Carte des zones de culrure possible des agrumes (1951).
Crédit : R. CHOPINET et J. DUPOUY.
 

Interprétation des zones de culture possible des agrumes (1951).

Interprétation des zones de culture possible des agrumes (1951).
Crédit : R. CHOPINET et J. DUPOUY.
 

En 2025, 74 ans après, le réchauffement climatique et l’engouement pour les agrumes rustiques, favorisé par l’offre très riche des pépinières françaises en cultivars de Satsuma, ont largement confirmé les hypothèses de R. CHOPINET et J. DUPOUY. Il ne s’agit plus d’hypothèses, mais de constats de plantations effectives.

Les nombreux témoignages de réussite de culture du Satsuma que j’ai pu collecter, notamment auprès de mes correspondants et de leurs réseaux, montrent que cette espèce est plantée également dans la zone de la carte de 1951 dite « du Citrangequat », ainsi que dans la bande côtière de la zone de la même carte dite  « Région N-O ; maturité des Citrus très douteuse ».

En fait, le Satsuma se cultive de nos jours dans les franges côtières des façades maritimes de la Méditerranée, de l’Atlantique, et de la Manche, ainsi qu’en Corse. Mais aussi, le long de ces façades, à l’intérieur des terres, souvent à plusieurs dizaines de kilomètres de la mer.

Plus loin de la mer, j'ai identifié quelques régions où le Satsuma est planté. La zone de l’olivier jusqu’à la partie sud de l’Ardèche. Certains départements de l’Ouest non limitrophes de l’Océan : Dordogne, Vienne, Maine-et-Loire (Anjou). Les régions intérieures de la Bretagne et de la Normandie. L’est des Pyrénées-Atlantiques (Pau). Le Bassin du Sud-Ouest, qui couvre les départements de la Haute-Garonne (la moitié, dont Toulouse), du Tarn (la moitié), du Tarn-et-Garonne (une grande partie), du Gers (la moitié), du Lot-et-Garonne (une partie), de l’Aude (une partie) - voir zone orange sur carte ci-après.
 

Carte des zones climatiques de France.

Carte des zones climatiques de France.
 Crédit : Daniel JOLY et al.
 

Sur la carte ci-dessus, les zones de plantation du Satsuma sont celles en rouge (climat méditerranéen), en orange (Bassin du Sud-Ouest), en vert foncé (climat océanique), ainsi que certaines parties (précitées) de celle en vert clair (climat océanique altéré). Référence de la carte : D. JOLY, T. BROSSARD, H. CARDOT, J. CAVAILHÈS, M. HILAL, P. WRAWESKI. Les types de climats en France, une construction spatiale. Cybergeo : Revue européenne de géographie, 2010, 501, pp.1-23 (hal-02660374).

A titre d’exemple d'implantation régionale du Satsuma, je publie ci-après la photographie d’un plant du cultivar ‘Okitsu’, envoyée par un correspondant de Couëron (Loire-Atlantique). Ce sujet prospère à l'extérieur depuis 7 ans, après 5 ans de culture en pot abrité l'hiver.
 

Satsuma ‘Okitsu’ à Couënon, Loire-Atlantique (décembre 2024).

Satsuma ‘Okitsu’ à Couëron, Loire-Atlantique (décembre 2024).
Crédit : Gérard VIOLIN.
 

Autre exemple, parmi les témoignages que j'ai pu recueillir : un agriculteur exerçant ses activités dans la région de La Rochelle (Charente-Maritime) a acheté en 1999 un plant de Satsuma à la pépinière BACHÈS, lors d'une foire aux plantes au parc des expositions de la ville. Il ne se souvient plus du nom du cultivar, mais, à l'époque, la pépinière ne proposait qu'Owari et Okitsu (greffés sur Poncirus trifoliata). Ce mandarinier a produit régulièrement des fruits de qualité. En 2012, il a subi -9 °C au cours d'une semaine sans dégel, et a été complètement défolié ; mais au printemps suivant, il a fleuri et fructifié. En 2024, il a fourni 78 kg de fruits excellents (record de récolte). L'agriculteur vient de planter une centaine de plants de Satsuma, dans le cadre d'une diversification des activités de l'exploitation.

En conclusion, la culture du Satsuma est très étendue en France, mais la limite des -12 °C et les 12 CRFD qui peuvent la modifier considérablement interdisent en fait celle-ci dans la plus grande partie du territoire métropolitain. Notamment, l’Ile-de-France, le Nord-Est, le Centre et l’Est. A l’exception d’endroits ponctuels où le Satsuma se maintient de façon durable, ou pendant quelques années, grâce aux efforts de quelques acclimateurs (par exemple, en Alsace). En ce qui concerne la région Ile-de-France, je n’ai pas pu recueillir de témoignages de culture du Satsuma en plein champ. Mais il me semble qu’il faudrait y expérimenter celle-ci, du moins à certains endroits.

 

L'APPROCHE PAR LES CONTRAINTES DE RUSTICITÉ

Si l’on a pour projet d’essayer de planter un Satsuma dans un endroit situé hors des régions où l’on sait que sa culture est possible, ou si, à l’intérieur d’une de ces régions on a un doute sur son acclimatation, il convient de raisonner par spots et d’adopter une approche basée sur les contraintes de rusticité.

Le spot (jargon d’acclimateur) étant un endroit précis d’une commune donnée (verger, jardin, ou une zone de ceux-ci), bénéficiant de caractéristiques climatiques propres favorables, ou moins défavorables, qui sont les seules sur lesquelles on réfléchit pour décider de la tentative d’acclimatation (et des éventuelles mesures d’implantation et de protection spécifiques).

Il faut tout d’abord vérifier que sur le spot les températures hivernales ne chutent pas au-dessous de -12 °C. Même si cette température est approchée, ou atteinte, plusieurs fois pendant l’hiver. En gardant à l’esprit que si la neige est régulière sur le spot, la température de -12 °C ne sera pas la température ressentie par le plant. On peut aussi définir un horizon de viabilité acceptable, c'est à dire une période (10, 15, ou 20 ans) au terme de laquelle on est prêt à perdre l'arbre car, selon les statistiques climatiques disponibles, la limite de rusticité des -12 °C sera alors vraisemblablement dépassée, de façon exceptionnelle. Et cela n'empêche pas d'envisager, pour ce cas exceptionnel, des mesures de protection artificielles adéquates...

Il faut ensuite examiner les CRFD 1 à 6 (état de dormance insuffisant de l’arbre ; longue durée de la période de gel ; présence de vent ; sol humide, a fortiori détrempé ou inondé ; hygrométrie élevée ; aoûtement insuffisant des rameaux), pour évaluer comment elles jouent sur le spot considéré. Possibilité d’occurrence, fréquence et intensité dans l’année, simultanéité, occurrence d’une année à l’autre.

Si elles sont habituellement nombreuses, simultanées, intenses, au cours de la saison froide, et régulières d’une année à l’autre, les possibilités d’acclimatation à -12 °C sont nulles. Il vaut mieux alors cultiver le Satsuma en pot mis à l’abri l’hiver, ou étudier la possibilité de planter des agrumes plus rustiques que celui-ci.

Si leur nombre, leur intensité, leur simultanéité, dans la saison, et leur occurrence d’une année à l’autre, sont de faible niveau, l’acclimatation peut être tentée jusqu’à -12 °C.

Entre les deux situations précitées pour les CRFD 1 à 6, l’acclimatation à -12 °C est aléatoire, mais peut être envisagée avec l’accompagnement de mesures spécifiques d’implantation dans le milieu, de techniques culturales et de protection hivernale (dont l’exposé sort du cadre du présent article).

Dans les cas où l’acclimatation est décidée après examen du jeu des CRFD 1 à 6 sur le spot, il faut s’assurer que l’on est en capacité d’écarter ou de prévenir les 6 autres CRFD. Avant la plantation, les CRFD 8 (mauvais état sanitaire de l’arbre), 9 (rusticité moindre du cultivar), 10 (porte-greffe inadapté pour les régions froides), 11 (greffe trop près du sol). Et, lors de la plantation, la CRFD 12 (exposition non ensoleillée, et/ou position en bas-fond). Il faut aussi vérifier que l’on est en capacité de mettre en œuvre les moyens de protection contre la CRFD 3 (présence de vent), et de prévention de la CRFD 7 (bois insuffisamment gros).

 

Note : un second article traite du choix des cultivars de Satsuma.

 

 

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