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Les fruitiers rares |
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Article publié en 2025. |
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Le mandarinier Satsuma : choix des cultivars
Le mandarinier japonais Satsuma a pour appellation
latine traditionnelle Citrus unshiu Marcov.,
mais dans la taxonomie actuelle sa désignation est Citrus reticulata subsp. unshiu (Marcov.)
Rivera et al. Ce beau fruitier de vigueur modérée (hauteur 2 à 3 m, selon les cultivars), au port pleureur, aux
grandes feuilles vert foncé, possède deux caractéristiques particulières :
il s’agit d’un agrume semi-rustique et certains de ses cultivars produisent
bien avant la saison habituelle des agrumes. De ce fait, ses aires
d’acclimatation potentielles sont plus septentrionales que celles des agrumes classiques.
Satsuma ‘Okitsu’
à Couëron, Loire-Atlantique ; décembre 2024.
QUELS SONT LES CRITÈRES DE CHOIX DES CULTIVARS ?
CONTRAINTES DE RUSTICITÉ Les observations de comportement au froid de mes satsumas, et celles que j’ai pu collecter de sources sûres au fil des années, montrent que la rusticité du Satsuma greffé sur Poncirus trifoliata (L.) Raf. permet de tenter sa culture dans les régions où les températures peuvent descendre jusqu‘à -12 °C. Voir observations de rusticité dans l'article consacré aux possibilités d'acclimatation du Satsuma. Mais des conditions de résistance au froid défavorables, au nombre de douze pour les principales et communes à tous les agrumes, peuvent empêcher le Satsuma de survivre, ou lui occasionner chaque année de graves dégâts, lors de températures nettement moins basses. CRFD 1 : état de dormance insuffisant de
l’arbre (soudaineté de la survenance du froid extrême, réchauffement
hivernal suivi d'un brusque refroidissement). CRFD 2 : longue durée
de la période de gel. CRFD 3 : présence de vent. CRFD
4 : sol humide, a fortiori
détrempé. CRFD 5 : hygrométrie élevée. CRFD 6 : aoûtement insuffisant
des rameaux (manque de chaleur l’été). CRFD 7 : bois insuffisamment gros (arbre
trop jeune). CRFD 8 : mauvais état sanitaire de l’arbre (blessure,
maladie, malnutrition). CRFD 9 : rusticité intrinsèque moindre du cultivar
(qu’il convient d’écarter pour l’acclimatation dans les zones froides). CRFD 10 :
utilisation d’un porte-greffe inadapté pour conférer au cultivar le maximum de
résistance au froid. CRFD 11 : greffe trop près du sol (zone plus froide
que celle située quelques dizaines de centimètres au-dessus). CRFD 12 :
exposition mal ou non ensoleillée, et/ou position en bas-fond.
Satsuma ‘Miyagawa’ à Rogachevo, Bulgarie (18 octobre 2018). Sous réserve des 12 conditions de résistance au froid défavorables, tous les cultivars de Satsuma sont éligibles à -12 °C sauf, peut-être, les cultivars ‘Owari Panaché’ et ‘Clausellina’, qui ont la réputation d’être moins rustiques (sans que je dispose d’observations de rusticité permettant de le confirmer). Quatre cultivars disponibles en France ont été sélectionnés pour une résistance au froid légèrement supérieure à celles des autres cultivars : ‘Owari Francis Soulès’, -14 °C, et ‘Owari Collot’, -13 °C (en France) ; ‘Kimbrough’ (en Louisiane) ; ‘Silverhill’ (en Alabama). Mais les deux derniers sont à considérer comme présentant une résistance à -12 °C (température la plus basse figurant dans les critères de sélection de ces deux cultivars). Et les deux sélections françaises sont de pleine saison, donc ne sont pas les mieux adaptées pour la fructification en zones à été court. Les cultivars suivants supportent plus facilement les -12 °C : ‘Skorospelij', ‘Hashimoto’, ‘Xie Shan’, ‘Owari SRA 145’. L’hybride complexe ‘Karlic 2’ est donné jusqu’à -16 °C (courte durée) de source tchèque (mais pas d’observations de rusticité jusqu’à présent en France).
CONTRAINTES DE FRUCTIFICATION Le Satsuma est auto-incompatible, et son pollen est très peu viable. Mais la fructification est assurée sur un seul plant par parthénocarpie. Les contraintes de fructification sont climatiques : il faut que les conditions de chaleur permettent à l’arbre de mener à son terme sa fructification, et, qu’une fois les fruits développés, ceux-ci ne gèlent pas. Selon les observations de Julien BÉLOT (pépinière Tiny Mandragore), les fruits du Satsuma situés sur la partie
extérieure de la ramure gèlent à -6 °C. Et, selon les observations de Miriam
QUISSAC (pépinière QUISSAC), les fruits ayant subi le gel à une température ne
les faisant pas éclater sont de moins bonne valeur gustative, car le gel durcit
les membranes intérieures.
Fruit gelé, fendu à droite, de Satsuma ‘Okitsu’ (froid bref de -8 °C). Pour satisfaire aux contraintes de fructification, il faut recourir dans les régions à été court à des cultivars
d’époque de maturité très précoce, ou précoce. L’époque de maturité est
donc un critère de choix important. Sachant que, pour la mandarine Satsuma, il
existe deux stades de récolte : lorsque la peau est encore verte, ou tournant au jaune par
endroits, la pulpe déjà orange présentant une saveur acidulée ; ou lorsque
la peau a pris une couleur orange, la pulpe possédant alors une saveur plus
sucrée.
Mandarine Satsuma
‘Owari’ : stade de maturité 1 (pulpe mûre orange / peau encore verte).
Mandarine Satsuma
‘Dobashi Beni’ : stade de maturité 2 (épiderme orange). Sur le littoral méditerranéen, une autre
contrainte en relation avec l’époque de maturité est à prendre en compte :
la mouche méditerranéenne des fruits (cératite, Ceratitis capitata Wiedemann). Elle affectionne particulièrement les agrumes, et est très difficile à combattre en culture d'amateur, selon mon expérience. Sa présence est forte de fin juin à fin septembre, puis elle décroît progressivement pendant les mois d'octobre et novembre, en restant significative. La décision de planter des cultivars
très précoces ou précoces expose donc leurs fruits aux attaques soutenues de
la cératite. La plantation de cultivars de pleine saison ou semi-tardifs est
préférable.
Ceratitis
capitata
Wiedemann : femelle avec ovipositeur sorti.
CRITÈRES D’AGRÉMENT Productivité et taille des fruits : la productivité est élevée pour tous les cultivars. La taille des fruits est satisfaisante pour l’ensemble d’entre eux. Certains ont des fruits un peu plus gros, ou un peu plus petits. Voir descriptions des cultivars. Goût et conservation des fruits : pour la totalité des cultivars, le goût, qui reste en grande partie subjectif, est satisfaisant. Pour deux cultivars est mentionné un goût unique, et pour quelques autres on peut relever une saveur très bonne, ou plus douce. Certains cultivars peuvent conserver plusieurs semaines ou plusieurs mois leurs fruits sur l’arbre, souvent sans que le goût ne se dégrade significativement. Mais il faut tenir compte des risques de gel des fruits, selon les régions. Voir descriptions des cultivars. Vigueur : les cultivars de faible vigueur sont adaptés aux petits espaces, et au palissage contre un mur au sud. Mais ce sont ceux qui ont le plus de mal à récupérer des dégâts du gel, notamment à recouvrer rapidement la capacité de fructifier. Les cultivars vigoureux ou très vigoureux, à port érigé, pour lesquels on ne ménagera pas l’espace, sont ceux dont on attend les plus fortes récoltes.
QUELS SONT LES CULTIVARS DISPONIBLES EN FRANCE ?
Recensement fin 2024 : 49 cultivars. Sachant
que je ne traite pas des nombreux hybrides entre le Satsuma et d’autres
mandariniers, tels ‘Primosole’, ‘Silverhai’, ‘Kara’, ‘Bellezza’… Dates de début
de récolte (au stade de maturité épiderme orange) fournies pour le littoral
méditerranéen français (+ 2 à 4 semaines dans les régions plus
septentrionales). Mandarine Satsuma
‘Owari’ mûre. Cultivars très précoces (début de récolte en septembre). ‘Iwasaki’ (vigueur moyenne, port très retombant, principal cultivar commercial espagnol, récolte 25 août à fin septembre) ; 'Skorospelij' (cultivar bulgare nain, moins de 1 m sur Poncirus, très rustique, petits fruits gagnant à être éclaircis, aussi précoce qu’'Iwazaki') ; ‘Hashimoto’ (peu vigoureux, très rustique, gros fruits de bonne saveur, à récolter dès maturité, un peu après ‘Iwazaki’) ; ‘Xie Shan' (syn. ‘Wakayama’, assez vigoureux, très rustique, gros fruits, goût unique rappelant le tangor, selon Julien BÉLOT, goût unique et intense selon Miriam QUISSAC, même jugement par l’université de Californie Riverside) ; ‘Miyagawa nucellaire’ (sélection nucellaire italienne, université de Catania, vigueur moyenne, port retombant, production plus abondante et plus longue que celle de ‘Miyagawa’, gros fruits longtemps sur l’arbre sans perte de qualité, bonne saveur, plus douce, maturité deux semaines avant ‘Miyagawa’, de fin première semaine de septembre à mi-octobre) ; ‘Miyagawa 00’ (disponible sous ce nom, mais selon sa description tchèque semble être le même que ‘Miyagawa nucellaire‘) ; ‘Kavanagh’ (moyennement vigoureux, fruit aplati) ; ‘Chahara’ (assez vigoureux, port érigé, cultivar commercial croate, de mi-septembre à fin octobre).
Cultivars précoces (début de récolte en octobre). ‘Miyagawa’ (vigueur moyenne, port retombant, gros fruits, dernière semaine de septembre à fin octobre) ; ‘Okitsu’ (vigueur moyenne, port plutôt érigé, gros fruits, très bonne saveur, début octobre à mi-novembre) ; ‘Clausellina’ (vigoureux, cultivar commercial espagnol, début octobre à mi-novembre) ; ‘Louisiana Early’ (vigoureux, port érigé, fruit de très bonne saveur, début octobre à mi-novembre) ; ‘Ayki’ (vigoureux, port retombant, début octobre) ; ‘Miho’ (vigoureux, port érigé, gros fruits, goût unique et intense selon Miriam QUISSAC, de mi-octobre à fin novembre) ; ‘Tami Kawa Wase’ (peu vigoureux, saveur plus douce qu’Owari, octobre) ; ‘Kowano’ (origine INRAE Corse, SRA 167) ; ‘Japan Seedless’ (assez vigoureux, fruit aplati, assez gros, assez doux même vert) ; ‘Kawano Wase’ (très vigoureux, cultivar commercial croate très prisé, trois semaines après ’Okitsu’) ; ‘Kuno Wase’ (peu vigoureux, gros fruits) ; ‘Kartuli’ (‘Kartuli Saadreo’, vigoureux, fruits longtemps sur l’arbre sans perte de qualité, bonne saveur, trois semaines après ‘Okitsu’) ; ‘Micurinec’ (peu vigoureux, gros fruits, origine Sotchi) ; ‘New-Zealand’ (vigueur moyenne) ; ‘Otidji’ (assez vigoureux, port érigé, très productif) ; ‘Sotchi 1’ (très peu vigoureux).
Cultivars de pleine saison (début de récolte en novembre). ‘Aoshima’ (assez vigoureux, gros fruits) ; ‘Boyet N° 1’ (origine russe, proche d’Owari) ; ‘Brown’s Select’ (vigoureux, fruits longtemps sur l’arbre, quelques jours avant ‘Owari’) ; ‘Dobashi Beni’ (assez vigoureux, fruit orange foncé, tirant sur le rouge) ; ‘Garcin’ (proche d’’Owari’) ; ‘Iseki’ (fruits plus petits, début novembre) ; ‘Karlic 2’ (hybridation complexe du Satsuma impliquant le Poncirus, origine Sotchi, serait nettement plus rustique que le Satsuma, vigueur très faible, fruits plus petits) ; ‘Kimbrough’ (vigoureux, fruits longtemps sur l’arbre) ; ‘Maxima’ (sélection italienne à très gros fruits) ; ‘Monstrueuse’ (vigoureux, sélection sicilienne à très gros fruits, peut-être la même que ‘Maxima’) ; ‘Owari’ (assez vigoureux, port retombant, excellent cultivar, début novembre à fin décembre) ; ‘Owari Collot’ (sélection française légèrement plus rustique) ; ‘Owari Francis Soulès’ (sélection française plus rustique) ; ‘Owari Panaché’ (feuillage panaché, réputé moins rustique, à confirmer) ; ‘Owari SRA 145’ (diffusé par l’INRAE de Corse, très rustique, fruits longtemps sur l’arbre) ; ‘Pucheng’ (assez vigoureux) ; ‘Silverhill’ (ou ‘Silver Hill’, très vigoureux, port érigé, fruit se conservant mieux que celui d’’Owari’, saveur plus douce, quelques jours avant ‘Owari’) ; ‘Tomono’ (vigueur moyenne, port érigé, gros fruits, maturité en novembre, un peu plus tardif qu’‘Owari’) ; ‘Wase 230’ (SRA 230, moyennement vigoureux, très bonne saveur).
Cultivars tardifs (début de récolte en décembre, et au-delà).
'Saigon' (SRA 29, assez vigoureux, port érigé, introduit d’Indochine en Algérie par le Dr TRABUT, vers 1920, très
bonne saveur, maturité décembre) ; ‘Sugiyama’ (assez vigoureux, gros
fruits longtemps sur l’arbre sans perte de qualité, maturité décembre) ;
‘Oïwa’ (faible vigueur, plutôt érigé, très bonne saveur, maturité
décembre) ; ‘Belalate’ (‘Bela Bela’, vigoureux, érigé, cultivar commercial
espagnol, mi-décembre à mi-février) ; ‘Serafines’ (assez vigoureux,
cultivar commercial espagnol, 20 janvier à mi-mars) ; ‘Moulin de
Kérouzéré’ (cultivar breton, étonnante densité de la fructification, petits
fruits sucrés).
Mandarine Satsuma
‘Owari’ mûre.
CHOIX DES CULTIVARS
Dans les régions à été court (froides ou de climat doux), le choix se portera sur les cultivars très précoces. Si l’on souhaite ajouter un cultivar pour allonger la saison de récolte, on le choisira parmi les cultivars précoces. Par exemple ‘Miyagawa nucellaire’, éventuellement complété par ‘Okitsu’. Etant précisé que dans le cas de région froide, pour le cultivar très précoce, on peut privilégier ‘Hashimoto’ ou ‘Xie Shan’, de très bonne résistance au froid. Dans les régions froides sans été court, il convient de choisir un cultivar parmi ceux sélectionnés pour leur résistance au froid (même s'ils sont de pleine saison). Par exemple ‘Owari Francis Soulès’ (assez vigoureux) ou ‘Karlic 2’ (vigueur faible). Pour allonger la saison par le début, on peut opter pour un cultivar très précoce. Par exemple ‘Hashimoto’ ou ‘Xie Shan’ (pour leur résistance particulière au froid). Sur le littoral méditerranéen et dans les autres zones sans été court, on peut privilégier un cultivar de pleine saison. Par exemple ‘Owari’. Pour allonger la saison de récolte par le début, on peut planter un cultivar très précoce et un cultivar précoce. Par exemple ‘Iwazaki’ et ‘Miho’. Mais, sur le littoral méditerranéen, on expose leurs fruits aux attaques de la cératite. Si l’arrière-saison est favorable, on peut allonger la période de récolte par la fin en plantant un cultivar tardif. Par exemple ’Serafines’ (très tardif), sous réserve que les températures négatives de janvier et février épargnent les fruits. Pour toutes régions, si petit espace de plantation, ou plantation en
espalier contre un mur au sud, on peut choisir un cultivar de très faible ou
faible vigueur, très précoce (‘Skorospelij’, ‘Hashimoto’) ou précoce (‘Tami
Kawa Wase’, ‘Kuno Wase’, ‘Micurinec’, ‘Sotchi 1’). Aux mêmes fins, en régions
sans été court, ‘Oïwa’ et l’hybride ‘Karlic 2’, de pleine saison. Sans oublier
qu’une greffe sur la variété naine ‘Flying Dragon’ du
Poncirus trifoliata (L.) Raf. permet de nanifier les cultivars
vigoureux.
Mandarines Satsuma
‘Iwasaki'.
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