Techniques de mise à fruit

Auteur : Elie Abel Carrière
 

 

Article publié en 2004 (première publication en 1880)

L'auteur (1818-1896) avait le titre de chef des pépinières au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris et fut rédacteur en chef de la Revue Horticole. Parmi les nombreux ouvrages d'horticulture, mais aussi de philosophie et de morale, qu'il a publiés, figure le très original Semis et mise à fruit des arbres fruitiers, paru en 1880, Librairie Agricole de la Maison Rustique, Paris. Ce livre était à contre-courant car, selon les termes de l'auteur, il "cherche à démontrer les avantages qu'il y aurait à multiplier plus qu'on est dans l'habitude de le faire les arbres fruitiers par semis". De son contenu très dense et d'un grand intérêt, même si certaines considérations peuvent prêter à débat, nous avons extrait l'inventaire des techniques de mise à fruit préconisées par l'auteur. Si l'arcure ou le pincement sont encore utilisés de nos jours, certaines des autres techniques sont assez surprenantes...

 

 

Faisons d'abord remarquer que tout végétal, de même que tout animal, n'est apte à la reproduction qu'après un certain nombre d'années, en rapport avec sa nature. Néanmoins, comme c'est parfois moins le fait des années que celui d'avoir acquis des propriétés spéciales, il faut essayer d'avancer ce moment et, à l'aide de moyens particuliers, chercher à provoquer des modifications dans l'organisme des végétaux de façon à amener dans un temps relativement court cet état d'adultilité.

Comment et par quels moyens? A l'aide d'opérations qui, par des réactions et en déterminant la souffrance des arbres, produisent des modifications dans certaines de leurs parties et en occasionnent la transformation.

Tels sont le repiquage, la transplantation, la déplantation, la suppression des racines, le cernage, la suppression des branches, l'enroulage, la torsion, le ligaturage, le cassage, l'arcure, le pinçage, la taille, l'éborgnage, l'effeuillage, l'incision annulaire, le martelage, l'incision longitudinale et le gaulage.

Piquage et repiquage

Le terme piquage qu'on emploie parfois est la première opération qu'on fait subir aux plants obtenus de graines et qui viennent d'être sortis de la terre quand on les y remet. Pratiqué quand les plants sont encore très jeunes, c'est à dire à l'état tout à fait herbacé, il modifie ces plants, les rend plus robustes, partant plus propres à supporter les déplantations que plus tard, il pourrait être nécessaire de faire subir aux arbres. Toutefois, en raison de la nature herbacée des plants, le piquage exige parfois certaines précautions particulières, par exemple à protéger un peu les plants contre le soleil, à les arroser et même à les bassiner au besoin.

Un homme dont la vie a été entièrement consacrée au bien général, M. Tourrasse, de Pau, a montré d'une manière indéniable qu'en repiquant les arbres dès leur première jeunesse, c'est à dire alors que les plantes sont à peine saisissables, et en répétant même cette opération, qu'il en avançait notablement la fructification.

Le repiquage est une opération à peu près identique à la précédente, au piquage, dont on peut dire qu'elle est une répétition, mais alors pratiquée sur des sujets plus vieux et qui ont subi le piquage.

Suivant la nature des plants, on peut pratiquer le repiquage une ou plusieurs fois dans la même année ; on peut aussi chaque fois, si les plants sont très vigoureux, les faire souffrir soit en leur enlevant une certaines quantité de racines, soit même, si cette vigueur était excessive, en les laissant pâtir plus ou moins avant de les replanter.

Avant de quitter cette opération, nous devons faire remarquer que pour les arbres fruitiers elle est très importante, car, en supprimant dès le principe toute la partie des racines placée un peu au dessous du collet, qui n'est autre que la prolongation de l'axe en sens inverse, c'est à dire perpendiculaire, on pousse au développement de racines horizontales. Celles-ci, par leur position rapprochée de la surface du sol, sont plus influencées par les agents extérieurs et alors mieux placées pour l'élaboration des liquides destinés à devenir la sève qui en se solidifiant constitue les diverses parties de l'arbre destinées à produire les fruits.

Transplantation

Le mot indique la chose : transplanter c'est planter au-delà, ailleurs ; en un mot, planter de nouveau. Ce n'est guère qu'aux arbres très vigoureux qui, malgré les divers traitements qu'on leur a fait subir, menacent de s'emporter et ne veulent pas se mettre à fruit, qu'on applique la transplantation. Ces arbres rebelles sont arrachés, puis replantés après qu'on en a supprimé les racines et les branches qu'on juge inutiles ou nuisibles.

La transplantation peut se faire soit à la même place, soit ailleurs et dans des conditions différentes de celles où était primitivement l'arbre qu'on transplante, de manière à déterminer des perturbations dans son ensemble et de produire des modifications de certaines parties du sujet qui, de branches à bois qu'elles étaient, deviendront des branches à fruits.

Déplantation

Opération presque identique à la transplantation, avec cette différence, pourtant, que le travail ne se fait guère que sur de gros arbres, in extremis, pourrait-on dire, quand à peu près tous les autres moyens pratiqués pour les faire fructifier ont échoué.

Le mot déplantation a été employé par beaucoup de gens au lieu du terme arrachage qui semble indiquer une opération faite brutalement et sans soins, tandis que déplantation semble exiger des précautions particulières en vue de la replantation qu'elle sous-entend. On arrache un arbre ou une plante pour les jeter, tandis qu'en les déplantant on doit faire l'opération avec soin, puisqu'on doit les replanter.

Suppression des racines

La suppression des racines s'opère de deux manières : ou l'on fait une tranchée circulaire à une certaine distance du tronc de l'arbre, là précisément où ces racines se ramifient et donnent de la vigueur aux plantes, ce que l'on veut éviter, et alors on les supprime en tout ou en partie ; ou bien l'on fait sur l'un des côtés seulement une tranchée assez profonde pour pouvoir couper les principales racines de la souche. Ce sont celles qui font suite à l'axe de l'arbre, mais inversement, c'est-à-dire perpendiculairement, et qui vont puiser profondément dans le sol des éléments qui, soustraits à l'influence des agents extérieurs, sont considérés comme peu propres à faciliter la fructification. Alors les racines supérieures seules, par leur plus grand rapprochement de l'air et de la lumière, absorbent les principes aqueux déjà modifiés, lesquels, en se répandant dans les parties moins vigoureuses de l'arbre, concourent à les transformer et à en déterminer la fructification.

Cernage

Le cernage est une opération assez analogue à la précédente, que dans certains cas l'on fait subir aux jeunes arbres qui s'emportent. Pratiquée opportunément, elle réagit sur l'ensemble, arrête l'élongation des branches qui alors prennent plus d'accroissement en diamètre. Comme ce travail se fait sur de jeunes arbres dont les racines sont placées peu profondément, au lieu d'une tranchée, on se borne à enfoncer tout autour du tronc et à une certaine distance de celui-ci, une longue bêche de manière à couper l'extrémité des racines. On peut au besoin répéter plusieurs fois cette opération.

Suppression des branches

Ce n'est guère que très exceptionnellement qu'on a recours à ce procédé, excepté pour aérer des parties qui ne pourraient que difficilement se constituer à cause du manque d'air et de manière à en accélérer des modifications dans le sens de la mise à fruits, ou bien encore quand on veut affaiblir un arbre. Dans ce dernier cas, on supprime les branches très vigoureuses surtout celles qui, placées verticalement ou à peu près, excitent par cette position même d'autant plus fortement la végétation ; en même temps on protège les branches latérales ainsi que les brindilles bien nourries que l'on conserve même dans toute leur longueur.

Enroulage ou enlacement

Cette opération, qui ne se pratique guère que sur des arbres très vigoureux à branches allongées, flagelliformes ou sarmenteuses, consiste, au lieu de supprimer ces branches, à les contourner de manière à multiplier les surfaces dans des espaces déterminés, souvent même relativement petits. En général, alors, par suite du parcours considérable que la sève est obligée de faire, les ramifications qu'émettent ces branches sont courtes et assez bien disposées pour une prompte fructification.

Torsion

Sachant que toute partie contuse ou meurtrie s'oppose plus ou moins à la transmission des liquides séveux et que l'air se trouvant en contact plus direct avec ces liquides, ils s'élaborent mieux et sont alors plus disposés à se transformer, on a mis à profit cette disposition pour déterminer les arbres vigoureux, partant rebelles à la fructification, à se mettre à fruit.

La torsion se pratique sur des branches relativement jeunes ; le plus souvent sur des rameaux, parfois sur les bourgeons de manière à déterminer aux points tordus un amas de sève qui forme une sorte de renflement ou de bourrelet que l'on pourrait comparer à un commencement de bourse, et dans le voisinage duquel naissent des ramilles courtes qui se transformeront en productions fruitières.

Ligaturage

Inutile de décrire cette opération dont le mot seul donne une idée précise. On pratique le ligaturage à l'aide d'un fil de fer, d'une ficelle ou même d'un osier suivant la nature des parties qu'on veut modifier et la durée pendant laquelle l'opération doit se faire sentir. Dans le cas où l'on ferait usage de fil de fer, on devrait prendre celui-ci galvanisé, afin d'éviter l'oxydation dont le contact est souvent nuisible aux parties qui le touchent, surtout quand elles sont en voie de formation. S'il s'agissait de bourgeons herbacés dont on désire une modification prompte et passagère, un peu de fil suffirait pour déterminer ce résultat.

Quel que soit le corps employé pour effectuer le ligaturage, le but est le même : modifier la partie circonscrite et en arrêter ou modérer la végétation afin d'en déterminer la transformation. On serre plus ou moins fort suivant la consistance des parties. Quant au temps que la ligature doit être conservée, il n'y a rien de précis; il est en rapport avec la nature des parties soumises à l'opération et le but qu'on cherche à atteindre.

L'époque où il convient de pratiquer les ligatures n'a non plus rien d'absolu et est entièrement relative à la nature des arbres ou des parties soumises au traitement. Les résultats que doivent produire une ligature sont un amas de sève à l'endroit où elle est faite et qui, alors, détermine une transformation plus ou moins profonde de la partie placée au-dessus de la ligature.

Cassage

Casser c'est rompre ; toutefois, ici, en général du moins, la chose doit être incomplète, car la partie cassée ne doit pas être détachée ; il faut au contraire la laisser pendre, de manière qu'elle reçoive assez de sève pour ne pas mourir, mais pas assez pourtant pour se développer vigoureusement. Dans cette condition, la partie pendante, si on la laisse, se garnit de ramilles courtes qui ne tardent pas à se transformer en productions fruitières, ce qui n'empêche pas celle qui est placée au-dessus de subir également des modifications qui la disposent à la fructification.

Il ne faut pas s'étonner si nous conseillons de laisser pendre les branches, ce qui certainement peut ne pas paraître propre. Pour le comprendre, il faut se rappeler le but qu'il s'agit d'atteindre : la fructification ; la régularité et la forme des arbres n'ont rien à voir ici. Ce qu'on veut, dans ce cas, ce sont des fruits ; aussi les moyens qui conduisent le plus promptement à déterminer ce résultat sont-ils les meilleurs.

Le cassage peut se pratiquer sur des branches plus ou moins âgées, longues et développées, mais parfois aussi on l'emploie sur des bourgeons afin d'en accélérer la transformation. Dans ce cas, le cassage se fait assez court, de manière à déterminer sur ce point une plaie contuse qui, en gênant la marche de la sève, tend à modifier la partie tronquée ou à produire des ramifications spéciales qui sont un acheminement vers une prochaine mise à fruit.

En réalité on pourrait donc considérer le cassage comme une opération un peu analogue à la torsion, et comme n'en étant qu'une forme plus complète.

Inclinaison ou arcure

En vertu du principe qui fait que tous les liquides séveux tendent toujours à monter, toutes les parties verticales d'un végétal quelconque, à part de très rares exceptions, sont les plus vigoureuses, partant relativement peu fertiles et surtout lentes à se mettre à fruit. C'est, en général, l'inverse qui se produit quand, au lieu d'être verticales, les branches sont plus ou moins penchées. On profite de cette disposition pour contraindre les arbres rebelles à se mettre à fruit; alors on incline les branches, on les «arque» comme l'on dit, et on les maintient dans cette position en les attachant à l'aide d'osier ou de toute autre chose.

Dans cette condition, les brindilles qui se développent sont laissées entières, ce qui est préférable. Le plus souvent même on se borne à enlever les ramifications mal placées, mal conformées ou qui font confusion afin que toutes les parties conservées soient le plus aérées et le plus ensoleillées possible. Ce qui, pour une très large part, contribue à en déterminer des modifications et par la suite la fructification.

Pinçage ou pincement

Lequel des deux noms doit-on adopter? Le dernier, diront les uns, le premier n'étant pas français. Tel n'est pas notre avis ; on doit dire pinçage comme ébourgeonnage, binage, labourage, effeuillage, repiquage, éborgnage, bouturage, greffage, habillage, etc., aussi nous l'adoptons laissant du reste chacun libre d'employer le terme qui lui conviendra le mieux. Ceci entendu, nous disons :

D'une manière générale on nomme pinçage la suppression de l'extrémité d'une ramification quelconque. Le but qu'on se propose quand on opère le pinçage étant de modifier très promptement les parties auxquelles on l'applique, on ne doit guère y soumettre que des organes en voie de développement, soit pour en obtenir des ramifications spéciales, soit pour en modifier la nature de manière à les convertir en parties fruitières. Mais comme en principe tous les organes peuvent être considérés comme des bourgeons, il s'ensuit que tout pinçage d'un organe quelconque devra déterminer un arrêt ou une réaction sur la partie pincée et, par cette même raison, sur celle qui en est voisine.

Bien compris, le pinçage peut être regardé comme la base d'une grande loi physiologique, de celle dite du balancement organique. En arboriculture fruitière, on pourrait même dire en horticulture générale, le pinçage est certainement l'une des opérations les plus importantes. Toutefois et pour le cas qui nous occupe, nous ne le considérons que dans son application aux organes ordinaires de la végétation, c'est-à-dire aux bourgeons et même aux feuilles qui, à vrai dire, ne sont autres que des bourgeons d'une nature spéciale, de sorte que, quand on pince ou qu'on supprime les feuilles, on obtient des modifications de l'œil qui est à leur base, parfois même du bourgeon où elles sont placées. Mais pour arriver à ce résultat il faut, comme cela doit du reste se faire pour les bourgeons, que les feuilles soient en voie de développement et que leur végétation ne soit pas terminée afin que les réactions puissent s'opérer.

Quant à l'époque ou à la manière d'opérer le pinçage, l'examen des parties, leur état et le but qu'on se propose devront seuls servir de guides.

Taille

Au point de vue où nous nous plaçons, c'est-à-dire de déterminer les arbres fruitiers de semis à la fructification, il ne faut pas s'attacher à la forme à donner aux arbres, aussi dans ce cas la taille est-elle réduite à l'enlèvement des branches inutiles ou qui font confusion, nuisent à l'aérage et à l'ensoleillage des parties, ce qui est très préjudiciable à leur modification et partant très désavantageux pour la mise à fruit. Toutefois, dans ces suppressions, on ne doit pas couper indifféremment les branches, mais seulement celles qui sont mal constituées et dont les yeux pointus et allongés semblent indiquer une production à peu près indéfinie de feuilles maigres. Il faut par contre ménager et protéger les parties bien constituées, les raccourcir au besoin en leur donnant même, ça et là, quelques coups de serpette ou de greffoir, de manière à en modérer la végétation.

Eborgnage ou éventage

Cette opération, en général peu pratiquée, pourrait pourtant rendre de grands services. Elle consiste à couper l'extrémité d'un œil afin d'en empêcher l'évolution normale et contraindre les sous-yeux à se développer; ceci de manière que, au lieu d'un unique bourgeon vigoureux, on en obtienne plusieurs mais alors plus faibles, par conséquent plus aptes à la fructification, lesquels, au besoin, pourraient être pincés à leur tour.

Il va sans dire que les yeux à bois bien constitués seuls peuvent être soumis à ce traitement. Quelquefois aussi, au lieu de fatiguer les yeux, on les enlève complètement de façon à en protéger d'autres et à leur faire prendre un caractère particulier en rapport avec le besoin qu'on en a. Ici comme toujours il faut agir en raison du but qu'on cherche à atteindre.

Effeuillage

Les feuilles, ainsi qu'il a été dit plus haut, pouvant être assimilées à des sortes de bourgeons, on comprend combien leur rôle est important dans la vie des végétaux et aussi quel immense avantage peut résulter d'un traitement bien entendu des feuilles. Mais d'une autre part, comme les feuilles sont des organes excitateurs par excellence, leur suppression en tout ou en partie peut modifier plus ou moins la nature des ramifications sur lesquelles la suppression a été faite.

L'effeuillage doit se pratiquer pendant la végétation soit brusquement soit successivement, au fur et à mesure du besoin.

Incision annulaire

Bien que peu employées pour la mise à fruit des arbres fruitiers, les incisions annulaires, faites à propos, pourraient cependant, dans beaucoup de cas, déterminer d'importantes modifications et amener d'heureux résultats. L'opération, ainsi que l'indique le mot, consiste à faire une incision circulaire et à enlever un anneau d'écorce autour des parties que l'on veut modifier. On fait les incisions plus ou moins profondes suivant le besoin et le but qu'on se propose d'atteindre.

Quelquefois même et s'il s'agit de parties délicates ou ténues, au lieu d'enlever un lambeau ou anneau d'écorce on se borne à faire une incision circulaire, ce qui, sans suspendre la végétation, la ralentit néanmoins et détermine une élaboration plus grande des sucs, et partant une tendance à la fructification.

On peut pratiquer l'incision annulaire tout aussi bien et avec autant d'avantage sur les fortes branches que sur les faibles, mais alors on fait les incisions plus larges. Quant à leur importance, elle est relative aux dimensions des branches et à leur nature, ainsi qu'au but qu'on veut atteindre.

Martelage

Cette opération, qu'on applique parfois aux gros arbres pour en déterminer une fructification plus abondante ou plus certaine, consiste à frapper avec un marteau l'écorce à la base de l'arbre et dans toute sa périphérie, ou bien seulement sur les fortes branches.

Le but c'est de produire une souffrance dans l'ensemble de l'arbre et d'occasionner un malaise général qui, en arrêtant ou en modérant la végétation, détermine le nouage des fleurs. Quand il s'agit d'arbres plus jeunes ou précieux, il faut agir avec plus de réserve afin de ne pas déterminer des plaies chancreuses qui pourraient même amener la mort des arbres.

Le martelage peut également être pratiqué partiellement, c'est-à-dire sur des branches dont on veut plus particulièrement assurer le nouage des fleurs. Il a aussi cet autre avantage d'avancer de quelques jours la maturité des fruits. Parfois encore, quand il s'agit d'arbres placés le long d'un mur, on pratique une opération analogue, l'écrasage, qui consiste à donner un léger coup de marteau sur la branche dont on veut avancer la maturité des fruits.

Le martelage et l'écrasage pourraient aussi être employés comme moyen de préparation à la fructification, c'est-à-dire pour accélérer la transformation des branches et les convertir en parties fruitières.

Si ces opérations sont employées pour assurer le nouage des fleurs ou pour avancer la maturation des fruits, on les pratique un peu avant l’épanouissement des fleurs ; si au contraire on vise à déterminer la fructification, le travail doit se faire au printemps ou pendant la force de la végétation afin qu’en s’opérant immédiatement les réactions ou modifications séveuses soient plus efficaces.

Incision longitudinale

C’est M. Chevalier aîné, arboriculteur à Montreuil qui, le premier, nous paraît avoir appliqué cette incision qui consiste à fendre sur le côté, ou même par le milieu, un rameau prêt à fleurir. C'est particulièrement dans le but de faire grossir les fruits et surtout d'en hâter la maturation qu'il pratiquait cette opération, que du reste il n'appliquait qu'au pêcher. Nous pensons qu'on pourrait l'appliquer à tous les arbres fruitiers, en vue d'en faire nouer les fleurs. C'est à essayer.

Gaulage

Le gaulage est une opération analogue au martelage, mais qui, au lieu de se pratiquer sur la tige des arbres ou sur le corps des grosses branches, s'applique à l'aide d'une perche ou gaule sur des parties jeunes qui, trop vigoureuses, ne se mettent pas à fruit. Il consiste, comme son nom l'indique, à frapper avec une gaule toutes les parties stériles. Le résultat visé est de déterminer une réaction sur l'ensemble de l'arbre et par suite d'opérer une transformation des ramifications de manière à les forcer à se mettre à fruit.

L'opération doit être d'autant plus radicale que les parties sont plus vigoureuses, et alors il ne faut pas craindre de les meurtrir, d'en rompre même quelques-unes ; cela pouvant parfois être favorable pour atteindre le but désiré : la mise à fruit.

A qui doit-on l'invention de ce procédé ? Il nous paraît difficile de le dire d'une manière certaine ; ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'un homme très compétent en arboriculture fruitière et dont le nom faisait autorité, feu Dalbret, chef de la section fruitière au Muséum de Paris, le pratiquait déjà vers 1834, et qu'il en obtenait parfois de très bons résultats.

Moyens d’assurer le nouage des fleurs

Certaines sortes d'arbres fruitiers à noyaux tels que abricotiers, pruniers, cerisiers, n'étant à peu près jamais stériles par le manque de fleurs, on est autorisé à poser cette question : y a-t-il des procédés à l'aide desquels on peut en assurer la fructification? Sous ce rapport on ne connaît rien de certain, ce qui, pourtant, ne veut pas dire qu'il n'y ait rien à faire, qu'on ne doive rien tenter, au contraire.

D'abord il y a un certain nombre d'éventualités préjudiciables contre lesquelles on peut agir préventivement ; telles sont les intempéries printanières : pluies ou gelées. Dans ce cas c'est une question d'abri, par conséquent toute matérielle et appropriée aux choses que l'on veut protéger. Ensuite il y a divers inconvénients à combattre ou à atténuer, qui se rapportent particulièrement au sol. Ainsi, si par exemple la terre est trop sèche, on pourrait se trouver très bien d'arroser les arbres lors de la formation des boutons et, dans ce cas, si le sol était trop pauvre, il pourrait même y avoir avantage à employer de l'engrais liquide. Ceux dans lesquels entrent des matières fécales sont de beaucoup préférables. Toutefois il faudrait agir avec prudence afin de ne pas faire « couler » les boutons ou d'en déterminer la transformation. On pourrait suspendre les arrosages pendant le temps de la fécondation, puis, s'il y avait nécessité, les reprendre aussitôt celle-ci opérée, surtout quand les fruits sont bien noués.

Si au contraire le sol était très compact et froid, on se trouverait bien de l'assainir soit par des rigoles soit par des drainages partiels. Voilà pour les arbres d'une certaine force ; s'il s'agissait de parties faibles ou de petits sujets, on pourrait essayer les incisions annulaires soit avant soit au moment même de la floraison, selon la nature et la vigueur des sujets.

Dans certains cas aussi, et suivant les circonstances, les incisions pourront être faites plus ou moins profondément et plus ou moins larges, être réduites même à une simple coupe ou entaille, ou bien consister dans l'enlèvement d'un anneau plus ou moins large de l'écorce. Ici encore, c'est une affaire de tact ou d'à propos que théoriquement l'on ne peut prévoir et dont la pratique seule peut être juge.

 

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