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Les fruitiers rares |
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Article publié en 2025. |
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Acclimatation des Casimiroa
J'ai découvert la pomme du Mexique dans les années 90, alors que je
travaillais à Orkos. Cette entreprise commercialisait des fruits exotiques
rares en Europe. Parmi les nombreux fruits que nous importions, la sapote
blanche (ou pomme du Mexique) remportait un franc succès auprès de nos
clients. Au début, les fruits venaient du Mexique par avion. Ils étaient de petit calibre, verts et disponibles pratiquement toute l'année.
Plus rarement, à l'automne, nous recevions des sapotes blanches de Californie bien plus grosses et plus sucrées, à l'épiderme jaune. Leur appellation commerciale était "sapote
blanco", la même que celle utilisée dans leur pays d'origine, le Mexique. SAPOTE / ZAPOTE Le terme mexicain sapote désigne un groupe de fruits sucrés appartenant à des familles
botaniques différentes. Ainsi, la sapote Mamey appartient à la famille des sapotacées,
la sapote noire à celle des ébénacées, tandis que la sapote blanche est une
rutacée. BOTANIQUE Le genre Casimiroa fait partie de la famille des
rutacées, qui compte de nombreuses espèces comestibles comme les agrumes
(Citrus spp.), le bael (Aegle marmelos), le wampi (Clausena lansium)... L'origine du terme Casimiroa est controversée, il semblerait qu'elle ne fait
pas allusion au botaniste espagnol Casimiro Gomez de Ortega mais à
Casimiro Gómez, un Indien Otomi de la ville de Cardonal mort pendant la guerre
d'indépendance du Mexique. Notez que certaines espèces peuvent s'hybrider naturellement dans la nature. Ci-après, description des espèces les plus courantes.
CASIMIROA EDULIS Casimiroa edulis est l'espèce de Casimiroa la plus
cultivée. Au Mexique, il n'est pas rare d'en voir dans les jardins. Ce fruitier a subi dans son pays d'origine une sélection moins formelle qu'en Californie, où de nombreux cultivars sont reproduits fidèlement par greffe depuis plus d'un
siècle. En effet, ce fruitier a été introduit en Californie au XIX e siècle.
C'est également à cette époque que le fruitier mexicain a fait son apparition en Europe
dans des jardins d'acclimatation. Concernant la multiplication, Casimiroa edulis se reproduit
fidèlement par greffe, bouturage ou marcottage. On préférera la greffe, qui
est facile à réussir. À tel point que l'on conseille d'utiliser cette espèce pour l'apprentissage de la greffe.
Casimiroa edulis : greffe de la variété Cuccio sur un franc de deux
ans Tout type de greffe fonctionne, pour peu que le porte-greffe soit en sève ! Dans les zones à hiver doux, on peut greffer toute l'année. On greffe généralement sur des francs, lorsqu'ils ont atteint un diamètre de 5 mm ou plus.
Casimiroa edulis : semis de 3 mois J'ai essayé la greffe sur une autre
rutacée, Choisya ternata (Oranger du mexique). Malgré un bon démarrage, le greffon a séché au bout de 3 mois. L'odeur similaire des deux bois m'avait
encouragé à tenter l'expérience.
Casimiroa edulis :
greffe sur Oranger du mexique (les départs ont grillé quelques semaines
plus tard). La bouture n'est pas évidente à réaliser. Sans hormone de bouturage, je n'ai obtenu
que des systèmes racinaires chétifs, mais d'autres jardiniers plus expérimentés
ont pu obtenir de meilleurs résultats. On prélève des rameaux semi-aoûtés d'un
diamètre supérieur à 4 mm. L'enracinement de la bouture prend environ 4 à 5 mois. L'arbre est sempervirent et vigoureux (il peut atteindre à l'âge adulte environ 15 m de hauteur). Ci-après, photographie (2024) d'un de mes spécimens (planté en 2016), qui mesure plus de 3 m de hauteur et compte 4 charpentières.
Casimiroa edulis :
arbre de 8 ans (en arrière-plan, un
avocatier mexicain). Les feuilles sont alternes et composées (généralement 5 folioles, mais j'ai pu observer entre 3 et 7 folioles). Elles sont persistantes, mais au printemps (et à l'automne) la plante renouvelle
son feuillage.
Casimiroa edulis : feuillage (noter les feuilles composées à 3 ou 5 folioles). La floraison est abondante, en inflorescences paniculées. Les fleurs sont petites, vertes et inodores.
Casimiroa edulis : floraison abondante.
Casimiroa edulis : fleur fécondée et boutons floraux. Les fruits sont des drupes vertes ou jaunâtres, sphériques ou ovoïdes, irrégulières. La plante est un véritable camaïeu de vert : l'écorce
gris-vert, les feuilles vert pomme, les fleurs vert pâle et les fruits couleur émeraude.
Les arbres âgés ont une écorce rugueuse ressemblant à celle d'un tilleul.
Ainsi, le majestueux Casimiroa edulis de la Villa Hanbury (Mortola, Italie)
planté autour des années 1870 présente une écorce craquelée. Les vergers de Casimiroa edulis sont généralement composés
de sujets francs greffés. On utilise des porte-greffes issus de semis de Casimiroa tetrameria si l'on souhaite des plants de taille modérée. Sous les tropiques, on peut observer jusqu'à 5 floraisons par an. Après la nouaison (photographie ci-après), les fruits mûrissent en 4 à 6 mois. A Orkos, nous proposions des sapotes blanches du Mexique toute l'année. Casimiroa edulis : nouaison Certaines variétés peuvent jaunir une fois mûres, mais la
plupart restent vertes (tout au plus, elles perdent leur brillance). Dans les
deux cas, le fruit doit être mou comme un avocat pour être mangé. Lorsqu'il tombe au sol, il peut s'abîmer car il est pratiquement aussi fragile
qu'un kaki ! Concernant la consommation, certaines variétés ont la peau
amère et nécessitent d'être épluchées. En revanche, quelques variétés
sélectionnées ont une peau à la fois fine et sucrée, dont la consommation n'est pas désagréable. Si le fruit a été fécondé, il renferme au moins une grosse graine. Dans le cas contraire, on ne trouve que l'enveloppe vide de la graine. J'ai déjà mangé des sapotes blanches cultivées en pot dont
la graine était imperceptible. La chair est blanche, plus
ou moins jaunâtre autour du noyau.
Casimiroa edulis : coupe transversale d'un fruit avec plusieurs noyaux.
CASIMIROA TETRAMERIA Cette espèce est appelée aux États-Unis "Wooly leaf sapote" (que l'on peut traduire par "sapote à feuille duveteuse"). Cette appellation fait référence au dessous des feuilles qui est cotonneux. Mais cette caractéristique n'est pas toujours présente, ce qui peut prêter à confusion. En revanche, Casimiroa tetrameria se distingue par des graines plus sphériques et plus petites que celles de Casimiroa edulis. C. tetrameria forme des arbres plus compacts, les fruits ont l'épiderme plus jaune et la chair est franchement jaunâtre. La "sapote à feuille duveteuse" est également appelée "sapote jaune". Cela peut induire une confusion puisque le canistel est également appelé ainsi dans certaines régions du Mexique ("sapote amarillo"). Il existe un bel exemplaire de Casimiroa tetrameria à Malaga dans le Paseo del Parque, ses feuilles sont épaisses et duveteuses, ses graines ont la taille d'une pistache.
CASIMIROA PRINGLEI ET C. GREGGII Voici deux espèces de Casimiroa difficiles à différencier ! J'ai découvert leur existence après la vague de froid de février 2021 qui a frappé l'Amérique du Nord (1). Au Texas, des températures inférieures à -15 °C ont été enregistrées. Le thermomètre a affiché des températures négatives pendant plusieurs jours consécutifs et il y a eu des chutes de neige à Dallas (-19 °C). Sur Tropical Fruit Forum, un texan a indiqué qu'un Casimiroa pringlei avait survécu à cette vague de froid exceptionnelle. J'ai réussi à obtenir des graines auprès du John Fairey Garden de Dallas. Leurs plants de C. pringlei ont survécu à des températures d'environ -17 °C. Toutefois, ils n'ont pas fructifié cette année-là. L'équipe du jardin botanique était ravie de pouvoir diffuser cette espèce endémique en voie de disparition. J'ai partagé ces semences deux années de suite avec des amis collectionneurs et pépiniéristes. Les graines ressemblent à s'y tromper à des pistaches ! Les semis poussent relativement lentement. Je possède quelques sujets plus vigoureux que d'autres. Ils semblent résister à la fois à la sécheresse et au froid hivernal. Toutefois, un pépiniériste qui cultivait cette plante en Ardèche m'a indiqué qu'elle avait succombé à une température d'environ -7 °C. Il est donc probable que la rusticité s'acquiert avec l'âge. Je pense que cette espèce mériterait plus d'attention, car elle semble rustique et la pulpe peu épaisse
qui entoure le noyau aurait une saveur de pêche et de mangue. Quelques années plus tard, un pépiniériste m'a adressé des
graines semblables d'origine mexicaine (on les trouve notamment dans la
région de Monterrey, Nuevo León). Son fournisseur les identifie comme
issues de Casimiroa greggii. Les deux plantes aux feuilles composées de trois folioles
semblent identiques. C'est la raison pour laquelle le flou entoure leur identification.
Toutes deux sont arbustives, les descriptions semblent indiquer que
C. pringlei a des feuilles plus petites et coriaces. Les petits fruits (taille
d'une mirabelle) apparaissent sur les rameaux de l'année. La partie comestible
du fruit est bien moins abondante que chez C. edulis et C. tetrameria. À mon grand regret, je ne pourrais pas décrire les autres
espèces, car je n'ai pas réussi à les obtenir. Même des amis ayant vécu au
Mexique ne les ont pas rencontrées. Casimiroa sapota semble digne d'intérêt. Sa
zone de culture plus au sud pourrait indiquer une rusticité moindre.
DE L'IMPORTANCE DES SÉLECTIONS VARIÉTALES Le récapitulatif des essais d'introduction d'espèces fruitières en Israël de Mizrahi Y. publié en 2020 (2) indique que, parmi les individus issus de semis de Casimiroa edulis, ont été identifiés quatre groupes portant des types de fleurs différents : fleurs hermaphrodites, fleurs avec gynécée normal et androcée de petite taille, fleurs mâles (absence de stigmate), fleurs femelles (absence de sacs polliniques). L'auteur souligne que le type de fleurs est important lorsque l'on cultive des individus issus de semis parmi lesquels on veut sélectionner un clone de qualité supérieure : ce clone doit porter des fleurs hermaphrodites, sinon il sera nécessaire de planter des variétés pollinisatrices au sein du verger mono-variétal. L'étude de Yonemoto Y. et al. publiée en 2001 (3) portant sur 41 cultivars de Casimiroa edulis en serre, dont 40 également observés en champ, a montré que les fleurs de la totalité d'entre eux sont anatomiquement hermaphrodites (cinq étamines, un stigmate sessile et un ovaire supère à 5 loges). Mais elles présentent des différences morphologiques et fonctionnelles qui conduisent les auteurs à les classer en 3 types. Type
I : ovaire et stigmate de grande taille, anthères sous-développées, informes, de couleur crème et dépourvues de pollen, donc fleur fonctionnellement femelle. Type II : ovaire et stigmate de petite taille, anthères développées, bien formées, de couleur jaune et produisant un pollen abondant, fleur fonctionnellement hermaphrodite car la fructification est possible. Type III : ovaire et stigmate de grande taille, anthères développées, bien formées, de couleur jaune et produisant du pollen, donc fleur fonctionnellement hermaphrodite. Voir photographies ci-après. Fleur de Casimiroa edulis :
type I (A), type II (B), type III (C).
Fleur de C. edulis de type I :
coupe longitudinale de l'ovaire (à gauche) et coupe transversale d'une anthère.
Fleur de C. edulis de type II :
coupe longitudinale de l'ovaire (à gauche) et coupe transversale d'une anthère.
Fleur de C. edulis de type III :
coupe longitudinale de l'ovaire (à gauche) et coupe transversale d'une anthère. Chaque plant porte des fleurs du même type, ce qui permet de classer les cultivars de Casimiroa edulis selon les trois types précités. Parmi les 41 cultivars étudiés, Yonemoto Y. et al. ont identifié 24 cultivars de type I, 16 cultivars de type II, et 1 cultivar de type III (tableau 1 et, pour Fiesta, légende de la figure 3). Cultivars de type I : Blumenthal, Candy, Cate, Charles Early, Chestnut, Cuccio, Florida, Gwin, Lammertz, Lamsey Large, Lemon Gold, Malibu #1, Malibu #3, Max Golden, McDill, Mexico, Pike, Reinecke Commercial, Salad, Smathers, Snider, Stickley, White, Yellow. Cultivars de type II : Cafeteria A, Cafeteria C, Edgehill, Fallbrook, Fiesta, Fournoy, Golden Globe, Michele, Ortega, Pritchard, Rixford, Selk, Suebelle, Vernon, Vista, White-II. Cultivar de type III : Maltby. Remarque : nous pouvons constater que, parmi les cultivars, deux des types de fleurs qui ont été observés sur les individus issus de semis ne sont pas représentés (fleurs mâles par suite d'absence de stigmate, fleurs avec gynécée normal et androcée de petite taille). Il paraît cohérent que, les lors des sélections, les individus strictement mâles aient été écartés au profit d'individus pouvant jouer le rôle de pollinisateurs et produisant des fruits (cultivars de type II et III). En ce qui concerne l'autre groupe d'individus issus de semis non représenté parmi les cultivars, les informations manquent mais on peut supposer qu'un androcée de petite taille présente une production de pollen nettement moindre que celle d'un androcée normal, donc non compétitive par rapport à la production de pollen des individus retenus comme cultivars de type II et III. Yonemeto et al. ont constaté que les cultivars de type I qui produisaient des fruits pesant plus de 200 g présentaient des poids de graines élevés et un grand nombre de graines fertiles par fruit (plants fécondés). Ils en ont conclu que les cultivars de type I conviennent pour la production de fruits, avec la plantation intercalaire de cultivars de type II ou III jouant le rôle de pollisateurs. Ils ont remarqué des cultivars dont ils préconisent l'association : certains des cultivars de type II, comme Vernon, produisent des fruits relativement gros et sont ceux à utiliser en intercalaire comme pollinisateurs des cultivars de type I qui produisent de gros fruits, tels que Malibu #1, McDill et Pike. Le cultivar Maltby (type III) est mentionné pour son potentiel pollinisateur et fruitier. Les cultivars de Casimiroa edulis sont nombreux (4). Ils se répartissent sur les trois types décrits par Yonemoto Y. et al., étant souligné que seul un cultivar de type III est cité. L'étude de Yamamoto M. et al. publiée en 2007 (5) permet (par le tableau 1) d'identifier la classification de 3 autres cultivars (Nies et Rainbow de type I ; Walton de type II). Concernant les contraintes et limites de pollinisation des cultivars de Casimiroa edulis : les cultivars ne produisant pas de pollen (type I) produisent des fruits sans être pollinisés (parthénocarpie), mais leur pollinisation par un cultivar de type II ou III permet d'augmenter la production de l'arbre et la taille des fruits. Les cultivars produisant du pollen (types II et III) produisent des fruits par auto-pollinisation, mais leur pollinisation par un autre cultivar de type II ou III permet d'augmenter la production de l'arbre et la taille des fruits. Tom Addison, un spécialiste californien de la sapote blanche (membre de l'association California Rare Fruit Growers), met en garde au sujet des semis de Casimiroa (6). Il a observé qu'un quart des individus de semis donne des fruits de bonne qualité gustative, un quart des fruits médiocres, un quart des fruits mauvais et qu'un quart porte des fleurs dysfonctionnelles. Il insiste sur la qualité des variétés sélectionnées, moins amères et avec un bon ratio partie comestible vs déchets. Il cite une étude relatant que ce fruitier produit le plus de calories à l’hectare et souligne que les sapotiers peuvent produire jusqu'à 1,3 t par arbre (cultivar Chestnut, de type I, en 1971). Les fruits des sujets issus de semis sont difformes.
Casimiroa edulis : fruits difformes issus d'un franc Les fruits des variétés sélectionnées sont réguliers (exemple ci-après, variété Suebelle)
.
Casimiroa edulis : fruits d'un plant greffé de la variété Suebelle.
DES CAPACITÉS D'ADAPTATION REMARQUABLES J'évoquerai dans ce chapitre essentiellement des espèces décrites plus haut. Au Mexique, les Casimiroa sont présents même en altitude, cela fait penser à une adaptation similaire à celle de l'avocatier (type mexicain). De fait, les Casimiroa supportent le froid jusqu'à -6 °C (comme un oranger). Au-delà de -6 °C les dégâts sont nombreux : perte des feuilles, des rameaux, voire de toute lapartie aérienne. Lors de la vague de froid de février 2018, la partie aérienne de mes deux sapotiers blancs a été détruite, mais ils sont repartis au printemps de la souche (en se ramifiant). Ci-après, photographie de l'un d'entre eux le 10 mars 2018, soit quinze jours après le début de la vague de froid (la partie aérienne périra
entièrement quelques semaines plus tard). La résistance au froid pourrait probablement être améliorée avec des variétés sélectionnées ou des greffes sur Casimiroa pringlei
Plant de Casimiroa edulis quinze jours après la vague de froid de février 2018. Le sapotier s’accommode très bien des conditions chaudes et
sèches de Nîmes. Il faut dire qu'on le retrouve à l'état sauvage dans le désert
de la vallée centrale californienne et même en Arizona ! Cette capacité à
tolérer la sécheresse en fait un arbre d'avenir. Plus surprenant, il tolère
également très bien les zones tempérées telles que la Bay Area autour de San
Francisco. Tout ceci me pousse à conseiller son acclimatation dans la
zone de l'oranger, mais aussi sur la façade atlantique jusqu'en Bretagne. Le sapotier est l'un des rares arbres à ne pas souffrir dans le climat de Nîmes, même sans irrigation. C'est encourageant, car Nîmes est un cocktail de conditions extrêmes : chaleur, sécheresse et vent. Mais le vent fait tomber les fruits et les feuilles s'il est trop violent. A titre de comparaison, les agrumes souffrent beaucoup plus du manque d'eau. Les Casimiroa connaissent peu de ravageurs et sont peu malades, les fruits sont toutefois piqués par la mouche méditerranéenne (cératite, Ceratitis capitata Wiedemann). LE FRUIT DE CASIMIROA EDULIS ET DE C. TETRAMERIA J'ai planté mon premier Casimiroa en 2016, je n'ai récolté les premiers fruits qu'en 2023. C'est un arbre issu de semis. Les sapotes étaient de petite taille (semblable à celle d'un abricot polonais) et de forme irrégulière. Je ne pense pas être objectif au sujet de ce fruit tellement je l'adore ! Même les petits fruits issus de semis m'enthousiasment ! Mes fruits étaient verts à maturité, avec la peau amère et la chair vanillée. Je mange la peau car je trouve le mélange agréable. Certains vont trouver ce fruit trop sucré et écœurant, d'autres fade. Toutefois, Bob Chambers, un spécialiste de ce fruit (7), rapporte une étude réalisée auprès du grand public : "Sur un panel de consommateurs,
75 % apprécient le cherimoya, tandis que 95 % apprécient la sapote blanche (le
taux de brix de la sapote peut dépasser 25 %)." La saveur de la sapote
blanche est un mélange de celle du kaki Fuyu et de celle du cherimoya. Vous retrouverez régulièrement sur Tropical Fruit Forum des
classements des meilleures variétés. Sont souvent citées :
Rainbow, Cuccio, Suebelle, Malibu, Younghan's Gold. On ne les trouve pas
facilement en Europe, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle de nombreuses
personnes sont déçues par la saveur du fruit. Notez que Casimiroa
tetrameria et les hybrides C. edulis x C. tetrameria sont souvent très appréciés. Je ne saurais trop conseiller de cultiver des variétés
sélectionnées : elles ont un comportement plus prévisible (productivité régulière, saveur constante, gros pédoncule permettant d'éviter la chute des
fruits...). Ce n'est pas pour rien qu'on appelle le Casimiroa "pomme du Mexique" :
son importance dans la consommation locale à travers les âges a été soulignée
par Auréade Henry et Patricia Vera-Caletti dans leur étude publiée en 2010 consacrée aux usages du sapotier blanc
(8). La saison des fruits dépend des conditions climatiques :
sous les tropiques, il y en a pratiquement sans interruption. En Floride, la saison débute en juin et se termine à la fin de l'automne. Sous nos
latitudes, il faut au moins cinq mois pour obtenir un fruit mûr
Casimiroa edulis : floraison hivernale. Le fruit est difficilement commercialisable, bien que nous
parvenions à Orkos à le distribuer via achats par correspondance. Des variétés fermes à
maturité se prêtent mieux au transport. COMMENT SE PROCURER DES CASIMIROA ? Quelques pépinières françaises proposent des jeunes plants (Plantes etc., Pépins perdus), tandis que des pépinières italiennes et espagnoles proposent des scions greffés. Les fruits sont commercialisés en France par Jurassic Fruit (juillet-août, en provenance d'Espagne). Des arbres sont présents à la villa Thuret d'Antibes, au jardin botanique de Nice, au Val
Rahmeh de Menton et au Jardin d’Avapessa en Corse. Je cultive pour ma part une
vingtaine de plants de Casimiroa. En Italie, on en trouve à la Villa Hanbury. En Espagne,
ce fruitier n'est pas si rare dans les régions de Malaga et de Grenade, où il existe
des cultures à petite échelle.
NOTES (1) Vague de froid de 2021 en Amérique du Nord (article Wikipédia). (2) Mizrahi Y. 2020. "Do We Need New Crops for Arid Regions? A Review of Fruit Species Domestication in Israel" Agronomy 10, no. 12: 1995. (3) Yonemoto Y., Higuchi H., Ishihata K., Ikeda M. & Tomita E. 2001 Analysis of varietal differences in floral and fruit morphology in white sapote (Casimiroa edulis Llave and Lex.) Jpn. J. Trop. Agr. no .45 (1) 38-44. (4) Liste des cultivars de Casimiroa edulis, sur mon blog (Acclimatons.com). (5) Yamamoto M., Tomita T., Onjo M., Ishihata K., Kubo T., Tominaga S., Yonemoto Y., 2007, Genetic Diversity of White Sapote (Casimiroa edulis La Llave & Lex.) Demonstrated by Intersimple Sequence Repeat Analysis, Hortscience 42(6): 1329 –1331. (6) Transcription sur mon blog de la conférence de Tom Addison (mai 2021) auprès des membres de California Rare Fruit Growers, rapportée sur YouTube. (7) Transcription sur mon blog de l'interview de Bob Chambers (juillet 2012) publiée sur YouTube. (8) Henry A. & Vera-Caletti P. 2010. – Usages du sapotier blanc (Casimiroa spp.) en Mésoamérique. Histoire, ethnographie et botanique. Anthropobotanica 1.7-2010 (archive HAL). (9) Sur mon blog (Acclimatons.com), de nombreux articles consacrés aux Casimiroa.
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