Confusions d'appellation
(désignations latines et vernaculaires)

Auteur : François Drouet

 

 

Article publié en 2004 - dernière modification en 2017
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SOMMAIRE
 

Essayer de déterminer le nom des variétés de fruits rares vendues dans le commerce

Confusions sur le terme "kaki" et sur les noms de variétés de Diospyros kaki

Polysémie sur l'appellation anglaise "Pawpaw"

Polysémie sur l'appellation espagnole "algarrobo"

Polysémie sur l'appellation américaine "Hickory" et ambiguïté sur le terme connexe "Hican"

Emploi inapproprié du terme "cultivar autofertile" pour le Pistachier (Pistacia vera)

Confusions d'appellation sur le cultivar 'Wellington' de Morus

L'appellation "Manzanille" désigne-t-elle une ou deux espèces?

 

Essayer de déterminer le nom des variétés de fruits rares vendues dans le commerce
 

En ce qui concerne les variétés vendues dans le commerce, il faut, pour essayer d'avoir leur nom : 

. Regarder sur de nombreux fruits si une mini-étiquette collée sur certains des fruits ne précise pas le nom ; c'est souvent le cas, par exemple, pour la variété d'avocat 'Hass' importée d'Israël.

. Il faut également, si le fruit est présenté en cagette, regarder l'étiquette du fournisseur étranger qui figure souvent sur le côté ou sur l'arrière de certaines cagettes et qui indique généralement le nom de la variété. Dans le cas d'un commerce spécialisé en fruits exotiques, vous pouvez demander au commerçant s'il a conservé les cagettes et s'il peut vous renseigner. Dans les grandes surfaces, il est rare que les chefs de rayon puissent vous renseigner si les fruits ont été ôtés de leur cagette d'importation, mais il s'en trouve qui savent vous fournir le renseignement ou font l'effort de le rechercher. Demander bien le chef de rayon, car c'est lui qui gère les approvisionnements. 

Nous appliquons les deux techniques précitées à de nombreux fruits importés (agrumes, figues, grenades, figues de Barbarie etc.), souvent avec succès. Il faut parfois se mettre quasiment à plat ventre pour aller inspecter les cagettes sous les étals, mais notre passion est telle que cela ne nous dérange pas. Il y a longtemps que le ridicule (ou interprété comme tel) ne tue plus...

Attention : ne pas confondre le nom de la variété et la marque déposée du fruit. Ainsi le fruit du cultivar 'Hort16A' d'Actinidia deliciosa  est exporté de Nouvelle-Zélande sous le nom commercial de Zespri Gold™. D'autres exemples sont donnés dans l'article indiqué ci-après, relatif aux variétés de Diospyros kaki.

 

Confusions sur le terme "kaki" et sur les noms de variétés de Diospyros kaki
 

Voir article consacré de façon spécifique à ce sujet, publié sur le site.

 

Polysémie sur l'appellation anglaise "Pawpaw"
 

"Pawpaw" est le nom vernaculaire américain de l'Asiminier : Asimina triloba (L.) Dunal. Cette espèce est d'ailleurs originaire des USA. Or, dans certains pays anglophones de l'hémisphère sud, notamment l'Australie et l'Afrique du Sud, ce terme désigne la papaye : Carica papaya L.

Cette information nous a été initialement fournie par un ami pépiniériste spécialisé dans les fruitiers rares, qui l'a apprise à ses dépens en étant dans l'impossibilité de retourner le lot de papayers reçu d'une pépinière de vente en gros d'Afrique du Sud, après avoir commandé des asiminiers sous le nom de "pawpaw"...

Nous avons noté par la suite que cette fâcheuse polysémie est signalée par Louis Glowinski dans son remarquable ouvrage The complete book of fruit growing in Australia

Linné ou Shakespeare? That is the question. Pour notre part, nous avons la réponse...

 

Polysémie sur l'appellation espagnole "algarrobo"
 

Dans le cadre de mes recherches sur le Caroubier (Ceratonia siliqua L.), je me suis orienté vers le Pérou, grand producteur d'algarrobo, car je pensais que le terme espagnol algarrobo désignait uniquement cette espèce. Il m'est parvenu de ce pays des échantillons de poudre dite algarrobina, sorte de "café" d'algarrobo, ainsi que de la documentation. Or je me suis rendu compte qu'il ne s'agissait pas de Ceratonia siliqua L. (famille des Caesalpiniaceae), mais de Prosopis pallida (H&B ex Willd.) HBK, de la famille des Mimosaceae. Les péruviens emploient le même nom pour les deux espèces !

L'extrait suivant de la documentation reçue est significatif :

"Esta leguminosa despertó el interés de los científicos del Laboratorio de Química de la UDEP quienes la empezaron a estudiar en 1995 con el auspicio de la Unión Europea, y con la participación de instituciones de España, México, el Reino Unido y Suiza. Como se sabe, en el sur de Europa se aprovecha íntegramente la algarroba mediterránea (Ceratonia siliqua), de fruto parecido a la Prosopis pallida, y que por esa similitud fuera bautizada durante la Colonia con el mismo nombre. Para llegar a la producción en escala industrial de derivados del Prosopis se deben vencer tres obstáculos : el rendimiento semillas/vaina que aún es bajo, el rendimiento endosperma/semilla, y las dificultades de separación del endosperma de la cutícula de la semilla (la semilla es difícil de separar a diferencia de la Ceratonia siliqua que sale con mayor facilidad). Los dos primeros giran alrededor de la competitividad económica de los derivados del Prosopis. El tercero, es técnico. Luego vendrán los retos comerciales, encontrar nuevas aplicaciones y vencer las resistencias al cambio de los fabricantes de alimentos... Melaza de algarroba (algarrobina) : las gomas y mucílagos provienen de exhudados de plantas (goma arábiga) y de semillas (goma aguar, goma de tara, goma de algarroba mediterránea o garrofa). Tal como la goma de garrofa, la goma de la semilla de Prosopis pallida podría utilizarse como un excelente espesante para la preparación de productos lácteos, pan, dietéticos, gelatinas, salsas, sazonadores, productos en polvo y bebidas...".

Tout ceci étant passionnant, j'ai envoyé un chaleureux message de remerciement à ma correspondante au Pérou avec le titre : un algarrobo peut en cacher un autre...

D'après le dictionnaire des plantes comestibles de Louis Bubenicek, le terme "algarrobo" désigne aussi d'autres espèces de Prosopis : P. alba Griseb, P. dulcis Kunth., P. juliflora (Sw.) DC.

Le genre Prosopis compte de nombreuses espèces ; certaines produisent des fruits comestibles (P. cineria, P. pubescens, P. torquata...), et, pour d'autres, seules les graines sont utilisées dans la fabrication de divers produits nutritifs.

 

Polysémie sur l'appellation américaine "Hickory" et ambiguïté sur le terme connexe "Hican"
 

"Hickory" désigne principalement deux espèces aux USA : Carya ovata et Carya laciniosa. Selon le contexte, d'autres espèces locales de Juglandaceae peuvent être désignées par ce terme, mais c'est plus rare. Si le nom vernaculaire est fourni de façon plus précise, on peut déterminer de quelle espèce il s'agit : shagbark hickory désigne Carya ovata et shellbark hickory signifie Carya laciniosa. 

"Hican" est un terme générique qui désigne un hybride entre un Hickory et un Pecan (Pecan étant le nom vernaculaire américain du pacanier, Carya illinoinensis). Il est donc ambigu car il désigne indifféremment les hybrides de Carya illinoinensis avec Carya ovata, Carya laciniosa et, plus rarement, d'autres espèces de Juglandaceae. Il existe une appellation latine qui nous aide dans certains cas, mais qui est peu employée : les hybrides avec Carya laciniosa sont aussi nommés Carya x nussbaumeri.

Parmi les "Hican", on trouve différents cultivars ('Bixbi', 'Des Moines', 'Henke', 'James', 'Underwoods'...). Le cultivar 'James' pose un problème de polysémie. En effet, les pépinières américaines décrivent un 'James' qui est de type "Hican" et un 'James' qui serait un vrai pacanier. Les descriptions diffèrent, parfois sensiblement, d'une pépinière à l'autre.

 

Emploi inapproprié du terme "cultivar autofertile" pour le Pistachier (Pistacia vera)
 

Certains pépiniéristes dynamiques et créatifs proposent désormais des plants de Pistacia vera composés d'un assemblage soit porte-greffe, greffon mâle et greffon femelle, soit greffon mâle sur porte-greffe franc femelle, ce qui permet d'obtenir un plant unique productif, pour cette espèce dioïque.

Or dans les catalogues de certains de ces pépiniéristes, ce type de plant est baptisé "cultivar autofertile". Ce terme constitue dans ce cas une double erreur d'appellation :

. Première erreur : l'emploi du terme "cultivar".
Un cultivar est une variété sélectionnée (ou créée) par l'homme et cultivée pour des qualités particulières résultant de son patrimoine génétique. Il est multiplié par voie végétative pour assurer strictement la stabilité de ce patrimoine génétique et donc conserver les qualités pour lequel il a été sélectionné ou obtenu. Le plant unique productif précité ne répond bien évidemment pas à cette définition...

. Deuxième erreur : l'emploi du terme "autofertile".
Aujourd'hui, ce terme possède en  agronomie une acception différente (et beaucoup moins restrictive) de celle de la  botanique fondamentale. Cest le terme agronomique dont il est question dans notre cas. Est dite autofertile une plante  produisant des fruits par fécondation résultant d'hermaphrodisme, monoécie ou polygamie et qui est exempte de tout caractère biologique qui nécessite une interpollinisation pour obtenir la fructification (les plus fréquents étant le pollen non autocompatible et la dichogamie). On peut également qualifier de l'adjectif "autofertile" les individus femelles qui produisent des fruits par parthénocarpie (c'est à dire sans fécondation). Le plant unique productif précité ne répond bien évidemment à aucun de ces critères...

Remarques  :

- Nous ne traitons pas ici seulement de sémantique, mais de pratique commerciale transparente, ainsi que d'agronomie concrète. Deux exemples simples (on pourrait en citer d'autres...)  :

. Sur un cultivar autofertile, la perte d'une branche est sans conséquence, alors que  le plant unique productif précité devient stérile si le seul greffon d'un sexe donné meurt par desséchement ou est coupé par méconnaissance (résultant de la non information) lors de la taille de formation.

. N'importe quel bourgeon ou rameau greffé d'un cultivar autofertile produit un clone autofertile de celui-ci, alors que le plant unique productif précité ne peut pas être reproduit par une simple greffe. Celle-ci conduit à l'obtention d'un individu stérile car unisexué (le sexe dépendant du sexe de la branche-mère).

- Dans le cas de Pistacia vera, il convient en outre d'être vigilant, pour ce type de plant unique productif, sur la prise en compte de deux facteurs spécifiques : 

. Le choix du mâle pour la pollinisation de Pistacia vera  est très important, car, chez cette espèce, les mâles fleurissent généralement avant les femelles. Il faut donc s'assurer de greffer un rameau d'une variété mâle dont la floraison est suffisamment en recouvrement avec celle de la variété femelle que l'on veut cultiver.

. Lorsque l'on greffe une branche mâle de Pistacia vera sur l'individu femelle, il faut composer avec une vigueur plus forte chez les mâles que chez les femelles pour l'espèce. Cette différence de vigueur, indifféremment de la variété, est très connue des producteurs professionnels de pistaches et se trouve souvent à l'origine d'un déséquilibre de végétation lorsque l'on greffe un rameau mâle sur un sujet femelle. Une taille adéquate s'impose alors.

- Pour les cultivars récents, le plus souvent, afin de protéger l'obtention, le cultivar bénéficie d'un COV (Certificat d'Obtention Végétale) pour les pays de l'Union Européenne et les autres pays membres de l'UPOV. Le COV permet d'une part de percevoir des redevances pour la multiplication et la vente par des professionnels, et d'autre part de cantonner la multiplication par des amateurs aux "actes accomplis à titre privé et à des fins non commerciales". Le cultivar peut également être protégé par un brevet (concept différent du COV, par rapport auquel il s'avère beaucoup plus restrictif ) dans certains autres pays, parmi lesquels figurent les USA, en tête de liste par le volume et en qualité de précurseur (le dépôt d'un brevet sur le vivant n'est pas possible dans l'Union Européenne, sauf cas très spécifiques ). Le cultivar peut également, indépendamment du COV ou du brevet, se voir attribuer un nom de marque commerciale (nom de marque déposée) repérable par le sigle ™ (Trade Mark) ou ® (Reserved)  apposé après le nom. Il est pertinent de se demander si le plant unique productif précité, en qualité de produit commercial et non d'obtention végétale (car ce n'en est pas une), ne pourrait pas éventuellement en bénéficier aussi, si l'assemblage qui le constitue est déclaré original et est décrit de façon très précise (espèce et le cas échéant variété du porte-greffe, variété des greffons mâles et/ou femelles, synchronisation des floraisons, voire diminution par choix variétal des effets de vigueur de croissance différente...). Ce qui ne lui confèrerait, bien sûr, ni droit au COV, ni à l'appellation de cultivar. 

- Ce qui vient d'être exprimé pour Pistacia vera s'applique plus généralement à toute espèce strictement dioïque.

 

Morus 'Wellington' 
 

2004

Le cultivar de Morus 'Wellington' fait l'objet de confusions d'appellation.

Nous avons trouvé 'Wellington' classé comme Morus alba dans un ouvrage spécialisé et dans le catalogue d'une pépinière anglo-saxonne.

Un certain nombre de pépinières à travers le monde ont proposé, ou proposent toujours, un cultivar 'Wellington' classé Morus nigra.

Enfin, et surtout, une des plus importantes pépinières de gros françaises, ainsi que ses revendeurs, diffusent actuellement sous le nom de Morus nigra 'Wellington' un Morus alba à fruits noirs.

Nous avons testé ce cultivar en culture et il s'agit manifestement d'une erreur dans le nom de l'espèce. 
 

2017

Un collectionneur de fruitiers rares italien nous a signalé qu'un pépiniériste français proposant une gamme étendue d'espèces et cultivars de mûriers (qu'il multiplie lui-même) diffuse un Morus nigra 'Wellington' dont les feuilles sont caractéristiques du Morus alba.

N'ayant pas encore goûté les fruits, ce collectionneur n'exclut pas qu'il puisse s'agir d'un hybride 'alba' x 'nigra' aux fruits à saveur de 'nigra'. Si c'est le cas, ce n'est pas précisé dans la présentation du cultivar sur le site du pépiniériste.

 

L'appellation "Manzanille" désigne-t-elle une ou deux espèces ?
 

La Manzanille, originaire du Mexique et d'Amérique centrale, est appelée Manzanilla en espagnol et prend au Mexique le nom vernaculaire de Tejocote. 

La Manzanille est principalement désignée par deux noms latins : Crataegus pubescens (H.B.K) Stend. f. stipulacea (Loud) Stapf d'une part et Crataegus mexicana Moç. et Sessé d'autre part. 

Il existe à son propos une réelle problématique de taxonomie. 

Dans la littérature, il est impossible de savoir si ces deux noms désignent la même espèce et sont donc des synonymes, comme l'affirment certains auteurs, ou s'il s'agit de deux espèces distinctes, au fruit voisin, comme l'affirment d'autres auteurs.

Sur le terrain, il en est de même. De nos expériences de culture en France, nous avons observé que sous le nom de Crataegus mexicana circulent en Europe de l'Ouest différents clones reproduits par greffe, les uns très épineux, d'autres peu épineux, présentant des stipules ou pas, avec des feuilles parfois de forme assez différente, mais tous aux fruits jaunes très proches par l'aspect et le goût, quoique de taille différente dans certain cas. Nous avons également noté des périodes de fructification assez nettement décalées entre certains clones.

 

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